Conseil de lexture


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jeudi 7 mai 2015

Chapitre 6 suite et fin : L'économie positive, une voie à surtout ne pas négliger


La principale différence entre l’économie classique dans laquelle nous vivons et l’économie dite positive provient que cette dernière se développe dans l’intérêt des générations à venir. Chaque décision est replacée dans une perspective de long terme en tenant compte des contraintes financières, climatiques et de cohésion sociale. C’est un choix majeur par rapport à la logique actuelle où le court-termisme est de rigueur et l’appât du profit une religion. C’est la fin de la cupidité des marchés. L’économie positive n’est pas basée exclusivement sur les gains financiers, elle tient compte des indicateurs de bien-être de la population et du Développement Durable. Il est temps de sortir de la religion du chiffre.
En France, ce mouvement est porté par Jacques Attali et son équipe d’experts, mais aussi de citoyens, d’ONG et de responsables économiques, rassemblés dans le Positive Economy Forum. Jacques Attali ne propose pas la fin du capitalisme, il suggère que celui-ci se rénove pour survivre. Ses propositions seront-elles suffisantes ? Son cri d’alarme sera t-il entendu ? Rien n’est moins sûr, mais il me paraît important de ne pas négliger cette voie réformatrice. Moins de dogmatisme et plus d’expérimentation ne seront pas inutiles pour trouver des solutions durables. Qui peut contester cette idée que nous devons nous préoccuper des générations futures, et qu’un peu d’altruisme dans notre société ne serait pas superflu ?
On assiste à une triple mutation en passant d’une économie de la production à une économie de la connaissance, d’une économie de la possession à une économie d’usage et en gérant la rareté. Le modèle actuelle est incapable de résoudre les défis du XXIè siècle. Le « tout actionnaire » est exsangue. Chômage, inégalités sociales, pauvreté, endettement, tous les clignotants sont au rouge, et pourtant l’économie productiviste actuelle avec sa financiarisation n’est pas prête de disparaître. La mutation va prendre de nombreuses années, il y a urgence en ce qui concerne le climat et l’environnement. Or, si l’économie positive est en mesure d’influencer de manière conséquente les principaux acteurs économiques, nous ne pourrons que nous en féliciter.
Dans son Rapport sur l’économie positive, remis au Président de la République en septembre 2012 Jacques Attali pose la problématique dès les premières lignes de la synthèse : « Le règne de l’urgence caractérise l’économie actuelle et domine la société dans son ensemble. Or, sans la prise en compte du long terme, la vie de nos contemporains deviendra en enfer. L’économie positive vise à réorienter le capitalisme vers la prise en compte des enjeux du long terme. L’altruisme envers les générations futures y est un moteur plus puissant que l’individualisme animant aujourd’hui l’économie de marché. » (La Documentation Française / Fayard p.16) Tout est dit, il ne soutient pas l’idée d’une transformation du capitalisme mais simplement d’une adaptation. Il prône un réformisme assumé pour obtenir des résultats concrets. Il faut espérer qu’il sera entendu, même si depuis deux ans nous n’avons pas vu le gouvernement prendre à bras le corps les propositions contenues dans ce rapport.
L’économie positive a ses limites, elle ne peut pas être un système unique, en tout cas pas pour le moment, mais elle a toute sa place dans une société déboussolée par plusieurs décennies de financiarisation de l’économie mondiale, régionale et locale. Elle ne répond pas à toutes les questions sociétales que nous devons nous poser pour assurer la prochaine étape du développement de l’être humain, comme par exemple la nécessaire adaptation du marché du travail. La vision positive de l’homme, la condamnation de l’esprit égoïste et du chacun pour soi et la promotion de la prise en compte de l’autre sont essentielles et sont au cœur de la démarche. L’activité économique doit avoir une utilité collective future. Chacun a  intérêt au bonheur de l’Autre.

« Derrière cette France qui semble s’assoupir un moment, derrière cet esprit public qui semble se perdre et qui, s’il ne vous suit pas, du moins vous laisse passer en silence, sans vous résister, mais sans confiance, il y a une autre France qui ne s’endort pas, qui ne vieillit pas avec ceux qui vieillissent, qui ne se trahit pas avec ceux qui se trahissent et qui, un jour, sera tout entière avec nous. »
Lamartine (Discours à l’Assemblée Nationale le 27 janvier 1843)

samedi 2 mai 2015

Chapitre 6 suite : L'esprit d'entreprise, une valeur à partager

L’entreprise est indispensable au bon fonctionnement de la société mais le statut de l’entreprise n’est pas immuable, il peut et doit évoluer. La vision de Milton Friedman est largement dépassée : « la seule responsabilité des entreprises, c’est de faire des profits au service de ses actionnaires ». Le profit n’est pas une fin en soi, mais un moyen. L’entreprise est au même niveau que la famille ou l’école pour faire avancer notre société. Le travail est une dimension fondamentale de la vie, et même si celui-ci est différent de celui du siècle dernier et des prochaines décennies, il doit être au cœur de notre réflexion politique. Le travail, qui a le plus souvent lieu en entreprise, est une voie de conquête de notre liberté et de notre indépendance et il est une clé de notre épanouissement et du vivre-ensemble, il permet de franchir les barreaux de l’échelle sociale. A ce jour, la mission des dirigeants des entreprises est de trouver les moyens de valorisation du travail, quel qu’il soit, afin que chacun puisse en vivre dignement. L’entreprise doit avoir une dimension sociale pour éviter que la productivité soit génératrice de stress, de désenchantement et de rejet du travail.
L’entreprise reste le premier levier de création de valeur économique, et l’acteur principal de l’économie réelle, mais ne peut se désintéresser du monde dans lequel elle se  développe, des êtres qu’elle entraîne et des conséquences de son activité sur l’environnement. Elle doit être exemplaire. Il faut croire en l’entreprise en tant qu’espace de création et de production, de lieu d’épanouissement individuel et collectif, de structure protectrice de l’environnement. Il est possible de créer un système d’échanges économiques qui soit soutenable. Les jeunes veulent entreprendre, non pas nécessairement pour devenir millionnaires ou pour écraser son voisin, mais pour se réaliser, concrétiser un rêve, se rendre utile… Ils croient à l’initiative, à la responsabilisation et à l’engagement dans une démarche collective, de partage.

mercredi 29 avril 2015

Chapitre 6 suite : Les communaux



Les communaux ou en anglais « collaborative commons » ou biens communs ou communs est une forme de gouvernance qui a existé aux époques féodale et médiévale. Ils organisaient la vie économique. Nous assistons au renouveau de cette pratique de gouvernance qui implique la proximité, et une relocalisation des décisions par des citoyens émancipés. Les communs sont des ressources matérielles (eau, terre,...) ou immatérielles (licences libres, codes génétiques, Wikipedia) qu’il s’agit de préserver ou de développer. Ils se définissent en fonction de leur partage, de leur accès et de leur circulation. Un bien peut devenir un commun puis ne plus l’être à l’avenir, il peut aussi être réservé à une communauté et ne pas être en accès totalement libre pour tous. Il n’y a pas forcément d’idée d’intérêt général. Un commun n’est jamais un bien propriétaire, il ne peut être utilisé n’importe comment et détruit. On en a simplement l’usage selon des règles établies. Il serait temps que l’Union européenne protège ces biens communs par une législation spécifique.
Les communaux doivent prendre le pas sur les enclosures, et sortir de ce particularisme dans lequel nous vivons depuis plusieurs siècles et qui ne sont rien dans l’histoire de l’humanité. Le point central de cette nouvelle théorie est bien la notion d’abondance car sans elle la lutte pour l’appropriation des biens rares nécessitent une gestion capitaliste ou étatique et non pas autogérée. Le capitalisme a besoin d’un marché organisé de manière pyramidale mais le marché « libre » n’a pas besoin du capitalisme. Au Moyen-Age, il existait des marchés dit libres pour échanger les produits fabriqués par les artisans ou cultivés par les paysans. La propriété et le travail étaient étroitement liés. Plus tard, avec l’arrivée du capitalisme il a fallu séparer le capital du travail et imposer les intermédiaires. Le salariat était né, ainsi que l’exploitation par l’homme et pour l’homme. Aujourd’hui le capitalisme est menacé par sa réussite et les inégalités qu’il génère. Les monopoles des XIXème et XXème siècles sont en danger par une déstabilisation provoquée par l’Internet des objets et l’élimination des intermédiaires due aux économies d’échelle latérale. Nous allons muter très progressivement d’une organisation verticale avec des entreprises capitalistes à des réseaux à intégration latérale avec des communaux collaboratifs.
Une organisation fondée sur l’intérêt de la communauté plutôt que sur les seules satisfactions des désirs individuels. Cette nouvelle organisation de la vie économique  proviendra d’une réduction des écarts de revenus, d’une démocratisation de l’économie mondiale et de la création d’une société technologique durable. Nous devrions assister à l’éclipse du capitalisme, à sa spécialisation, mais pas encore sa disparition. Pendant encore plusieurs décennies, il y aura concurrence entre les deux paradigmes. Dans un proche avenir les capitalistes et les communaux cohabiteront, les premiers représentant l’argent et le pouvoir économique, les seconds les citoyens et les Cités. Une cohabitation qui ne pourra se pérenniser, il faudra alors que l’un ou l’autre démontre sa prédominance. Alors l’accès illimité et gratuit aux biens et services partagés sur des réseaux auto organisés ayant eux-mêmes une gouvernance démocratique et participative fera la différence.
Personne ne peut contester l’accès libre des biens publics, il faut simplement se mettre d’accord sur la définition. Le marché a déjà démontré à maintes reprises son incapacité à gérer des biens publics. Qui mieux que ceux qui y vivent peuvent les gérer ? Le citoyen participatif est responsable de ce qui le concerne, bien davantage que le fonctionnaire ou le capitaliste. L’Homme n’est pas un être individualiste aux visées exclusivement utilitaristes, il est avant tout un être social et ce n’est pas deux siècles de capitalisme qui y mettra fin. Les responsables politiques et l’avant-garde du mouvement doivent mettre les communiers, acteurs des communaux, dans les conditions optimales. La nouvelle génération de citoyens communiers va privilégier l’accès aux produits ou aux services à la propriété.
Internet est la nouvelle place publique ouverte à tous et doit être considéré comme faisant partie des communaux. La neutralité du réseau est indispensable pour garantir des communaux des communications ouverts et universels. Au-delà du fait que l’accession à Internet ne serait plus égalitaire, et serait fonction d’un critère financier, cette situation bloquerait le développement de nouvelles applications et de nouveaux services pour chaque internaute. Il faut refuser des mécanismes discriminatoires, et si les citoyens doivent se mobiliser, seul l’Etat peut faire valoir son veto. Nous sommes à un moment clé de cette lutte entre les communiers et les multinationales capitalistes. Google, Facebook, Twitter exploitent les communaux à des fins commerciales, tandis que Wikipedia et Linux restent dans la philosophie initiale fidèle à la gouvernance communaliste. Les nouveaux poids lourds de l’Internet sont-ils des dangers pour une accession libre à Internet ? Certainement si leurs positions devenaient monopolistiques, les Etats et les organisations internationales devraient alors trouver des parades avant qu’il ne soit trop tard. Par exemple, il faudrait considérer que le moteur de recherche de Google est devenu un communal et que son activité soit transformée en société d’utilité publique mondiale.
Dans son dernier livre Jeremy Rifkin développe l’idée que l’Internet des objets, autour de la matrice énergie consommation, doit être géré de manière communaliste car cette nouvelle révolution « est lubrifiée plus par le capital social que par le capital financier, se déploie latéralement et s’organise sur un mode distribué et collaboratif » (« La nouvelle société du coût marginal zéro » p.288). Ce modèle est très différent de ceux portés par les Ière et IIème révolutions qui étaient verticaux et s’appuyaient sur des entreprises de plus en plus centralisées et des marchés toujours plus consuméristes.

samedi 25 avril 2015

Chapitre 6 suite : Les prosommateurs arrivent !

En 2008 Nicolas Sarkozy défendait l’idée, qui a fait en partie son succès présidentiel, qu’il fallait produire plus pour gagner plus. Un séduisant concept qui avait fait le succès du capitalisme depuis deux siècles et que la révolution de mai 68 avait quelque peu jauni. Malheureusement pour lui ce concept ne fonctionne plus parce que gagner plus nécessite une productivité plus  performante et par conséquent une automatisation plus poussée qui presse l’emploi. Si celui-ci est en diminution, le pouvoir d’achat va dans la même direction, et si celui-ci chute la consommation est en baisse. Et lorsque la consommation ne suit pas la production est au ralenti. La boucle est bouclée, le système consumériste est grippé.
Ce cycle infernal incite certains acteurs économiques à agir autrement surtout si ce qu’ils produisent développe un savoir dans le cadre de la révolution numérique et de  l’économie collaborative qui en découle. Nous assistons au développement d’un modèle contributif. Le philosophe Bernard Stiegler a développé le concept de l’économie de la contribution qui met fin à la relation producteur consommateur en nous transformant en contributeur. En termes de consommation, nous sommes tour à tour producteur et consommateur, autrement appelé prosommateur. Ce terme provient du mot anglais prosumer créé dans les années 1980 par Alvin Toffler. L’idée était que le consommateur, devenu plus exigeant, souhaitait prend part à la production d’un produit sur mesure.
Avec la révolution numérique, en particulier les outils collaboratifs ou l’Internet des objets, nous assistons à une remise en cause totale de l’organisation classique de l’offre et de la demande et une accélération du nombre de prosommateurs. Ce n’est plus un choix de comportement d’agent économique mais un choix politique. De plus en plus d’exclus volontaires ou non du monde de l’emploi deviennent les premiers prosommateurs seconde génération, ils retrouvent ainsi l’estime d’eux et le goût du travail. Le mode de consommation contributive est plus durable, plus convivial, plus altruiste en dépensant moins, il n’a pas d’intermédiaire et génère des revenus différents. C’est aussi et surtout un bienfait pour l’environnement et une réponse à la société sans emploi. Nous avons par conséquent deux modèles qui se font face, le consumériste et le contributif, aujourd’hui les deux se mélangent (ex. Google ou BlaBlaCar) et cette situation restera ainsi jusqu’au jour où il n’y aura plus assez de pouvoir d’achat parce qu’il n’y aura plus suffisamment de salaire distribué dans l'économie. Ce sera la fin de l’époque de redistribution.
Deux questions originelles se posent à tous ceux qui réfléchissent à cette mutation économique. Tout d’abord  ces prosommateurs vont-ils créer des entreprises en intégrant une économie sociale et solidaire et en ne faisant pas de la profitabilité leur objectif premier ou vont-ils se transformer en start-ups en recherche permanente de toujours plus de profits ?  Enfin ces prosommateurs ne participent-ils pas à la condamnation à terme de l’emploi pour un travail sans règles et devoirs ou vont-ils engendrer un travail qui proposera une nouvelle approche plus autonome, créative et innovante. Pour Jeremy Rifkin, « les nouveaux entrepreneurs sociaux sont moins guidés par la main invisible et davantage par la main secourable. Ils sont beaucoup moins utilitaristes et beaucoup plus empathiques. » (La nouvelle société du coût marginal zéro p.457) Toutefois, nous pouvons penser que le prochain conflit culturel se fera entre les prosommateurs collaboratifs et les investisseurs capitalistes, à moins que les principaux contributeurs des deux camps ne finissent par se retrouver et s’allier.

mardi 21 avril 2015

Chapitre 6 suite : L'économie sociale et solidaire


On retrouve une nouvelle fois la confiance dans le développement de l’économie sociale et solidaire. A partir du moment où l’argent n’est plus le déterminant de la relation entre deux acteurs, il faut s’appuyer sur des éléments plus vertueux et plus engageants. La réputation entre les membres d’une même communauté est le viatique pour assurer la pérennité de la démarche. Si l’économie sociale se doit d’être réglementée par l’Etat, elle ne peut exister que par la valorisation de ses acteurs au quotidien. C’est un secteur d’activité déjà très fortement implanté dans notre économie. Par exemple, en 2011 dans la Région Centre, elle représentait 12% de l’emploi privé, plus de 82 000 emplois, près de 10 000 établissements employeurs et près de deux milliards de rémunérations brutes. Dans l’agglomération d’Orléans, plus de 13 000 salariés dépendent de l’économie solidaire. Et pourtant nous sommes loin d’autres pays qui ont une tradition coopérative forte, par exemple au Canada 4 habitants sur 10 et en Allemagne 1 sur 4 travaillent dans cette économie sociale et solidaire. On estime à 120 millions de salariés dans le Monde.
Aux Etats-Unis, 70 000 personnes sont employées dans des coopératives électriques rurales pour couvrir 75 % du territoire et commercialiser 11 % des kw/h. Qu’attendons-nous pour en faire autant ? C’est une preuve supplémentaire qu’il existe une place majeure entre une économie libérale et une économie étatique. L’entreprise sociale intervient tout autant dans les secteurs à but lucratif que non lucratif. Elle est créatrice de valeur, mais une valeur qui n’est pas que financière. Elle est aussi sociale, écologique et culturelle. C’est le refus de l’argent roi, le refus de l’accumulation pour l’accumulation. Claude Alphandéry donne la définition suivante : « L’économie sociale, c’est des entreprises de personnes qui ont choisi de diriger collectivement et démocratiquement leur entreprise. Les bénéfices sont répartis équitablement entre tous ou réinvestis. Ils ne rémunèrent pas le capital investi. » C’est un vecteur d’émancipation qui réconcilie l’Homme et l’économie. Un Homme qui revient au centre du système économique, qui cherche à concilier travail et plaisir comme le défendait Fourier.
Aujourd’hui encore l’économie sociale et solidaire reste un instrument de lutte contre le chômage, d’insertion car elle s’adresse avant tout aux emplois peu qualifiés. L’économie collaborative va bouleverser cette donne en produisant et généralisant une valeur d’usage. Ce n’est plus un sas vers le retour à l’emploi mais vers une nouvelle forme d’organisation où les valeurs de tolérance, d’honnêteté, de responsabilité sociale et d’altruisme prédominent. Il n’est plus question de charité, de compassion mais de réussite, de partage équitable des bénéfices et de travail.
Les entreprises de l’économie sociale et solidaire, qu’il ne faudra peut-être plus appelée solidaire dans quelques années résistent mieux en temps de crise ou de mutation parce qu’elles ne sont pas délocalisables et ne sont pas obnubilées par les profits. Faut-il alors supprimer les profits afin que les entreprises se consacrent aux priorités sociales et environnementales ? Certainement pas, si le résultat financier n’est pas l’alpha et l’omega de l’entreprise et si les profits sont prioritairement réinvestis. Une réponse est d’ailleurs donnée par les « benefit corporations » qui sont des entreprises sur le marché capitaliste avec des actionnaires, mais  qui sont protégées dans leurs actions vis-à-vis de l’environnement et du social. Les coopératives pourraient être le type d’entreprises le plus répandu à l’avenir, il existe avec elles un modèle qui a prouvé sa capacité à fonctionner. Il est temps que l’économie se mette au service de la société et non l’inverse comme aujourd’hui.

samedi 11 avril 2015

Chapitre 6 LA REVOLUTION COLLABORATIVE, UNE CHANCE POUR NOS ENFANTS - L'économie du partage


6.

La révolution collaborative, une chance pour nos enfants

 

L’économie du partage / L’économie sociale et solidaire / Les prosommateurs arrivent ! /  Les communaux / L’esprit d’entreprise, une valeur à partager / L’économie positive à surtout ne pas négliger/

L’économie du partage

Dans un contexte de crise et de tension budgétaire, il est urgent de redonner du lien et de la cohésion sociale. Nous sommes dans une phase de transition entre un monde qui se meurt et un autre qui cherche à vivre, et pour beaucoup à survivre. De plus en plus de personnes ne croient plus au monde productiviste, soit parce qu’ils ont été exclus, soit parce qu’ils s’en sont retiré avant qu’il ne soit trop tard, tous veulent vivre plus librement quitte à prendre des risques. Un autre mode de consommation, un mode de vie moins stressant, une logique de partage dans le cadre de circuits courts voit le jour. Il se développe une échappatoire à une vie manquant de sens. Il est urgent de se donner les moyens de satisfaire ces besoins de consommation autrement, en intensifiant l’usage des ressources. Les nouvelles générations sont beaucoup moins attachées à la propriété, ils sont plus sensibles à l’appartenance à un réseau de partage. La « Sharing economy » valorise les logiques de l’accès au service (covoiturage, achats groupés, colocation,…) au détriment des logiques de propriété. Cette avant-garde privilégie l’ « être » à l’ « avoir », l’usage à la possession. Une économie qui rend au consommateur son rôle d’acteur, il co-construit et co-crée dans une logique partenariale et au plus près. Le nouveau modèle de collaboration libre permet aux humains de continuer à s’épanouir en dehors du monde du travail actuel.
Allons-nous assister à la disparition de l’économie centralisée, hiérarchique et propriétaire de son écosystème où les grandes organisations font la loi ? Le déclin du capitalisme est engagé en raison de ses excès et va entraîner une transformation en profondeur de l’économie mondiale, malgré les maîtres du monde qui vont tout faire pour ralentir ce phénomène. Cette économie productiviste va se trouver en concurrence avec les mouvements collaboratifs qui redonnent du pouvoir à l’entrepreneur et à la production à petite échelle. L’économie contributive (ou collaborative) peut développer une activité industrielle qui s’appuie sur des communautés et le développement libre du savoir. L’économie du partage rappelle le début de l’Internet où tout n’était que recherche et désintéressement. Le succès de cette économie collaborative ne sera effective qu’à la seule condition qu’elle ne soit pas récupérée par le consumérisme. Il existe une économie contributive toxique symbolisée par des sociétés comme Facebook. D’autres acteurs sont à la croisée des chemins : Uber (service de voitures avec chauffeur) vaut en 2014 3,5 milliards de $ cinq ans après sa naissance, Airbnb (hôtelier virtuel) vaut 10 milliards de $, Blablacar, … Sont-ils encore dans cet esprit collaboratif ou sont-ils des capitalistes qui ont trouvé un nouveau filon ?  Les sites de partage voient leurs revenus exploser grâce en partie à la crise et au chômage. De nombreuses personnes sont tentées par ces revenus complémentaires non par conviction mais par nécessité. Elles louent tout ce qui peut intéresser un tiers en faisant bénéficier à ces nouveaux intermédiaires de confortables royalties. Certains peuvent regretter cette marchandisation de l’espace privé qui n’est qu’une conséquence de notre addiction consommatrice. Cette économie du partage est une évolution positive qui prendra de longues années avant d’être réellement une concrétisation d’une société conviviale et responsable. En attendant ces nouveaux acteurs de l’intermédiation doivent nous montrer qu’ils sont en parfaite adéquation avec le discours qu’ils prônent à leurs bénéficiaires. Leur croissance rapide, répondant à un réel besoin, ne peut se concrétiser qu’en recherchant des financements de plus en plus importants. Il serait sain que ces capitaux proviennent d’un financement participatif et non de banques d’affaires car une partie des revenus de cette économie collaborative enrichit alors le capital privé aux dépens des communaux. Ce n’est pas une raison de les condamner car ils participent à la transition dans laquelle nous nous situons. Ils transforment les mentalités et éveillent les consciences en incitant les consommateurs à devenir des consomm’acteurs. Toutefois il est urgent de réguler cette économie afin de ne pas accentuer une marchandisation contraire aux valeurs de partage. Ne sacrifions une belle idée pour enrichir quelques uns ou accélérer un processus de croissance qui ne le nécessite pas forcément. Cette intermédiation est pour le moment nécessaire, il n’en sera peut-être plus de même lorsque les individus seront devenus des consomm’acteurs majeurs. L’économie collaborative est une économie du partage et non du business. N’en faisons pas le nouvel eldorado d’un capitalisme financier revigoré.
Le commerce n’est pas l’élément fondateur d’une société. Ce sont des éléments comme les valeurs sociales ou la culture. Toutefois les échanges nécessitent une instrument légal reconnu par la communauté pour évaluer le travail, le produit ou le service. Dans le système capitaliste, c’est une monnaie qui fluctue en fonction de la confiance qu’en ont les marchés. Plus vous avez confiance en la monnaie, plus celle-ci prend de la valeur. Dans l’économie du partage, cet instrument peut également être une monnaie et même une micro devise. Si la confiance reste incontournable pour des raisons de justice dans les échanges, la monnaie ne sera pas variable en fonction de cette confiance. Elle sera stable de manière permanente. Ne croyant plus au système actuel, surtout depuis la crise de 2008, de plus en plus de citoyens, futurs communalistes, se dirigent vers des monnaies alternatives, les SEL (systèmes d’échanges locaux). Il existe plus de 4000 micro devises dans le monde. Le bitcoin, qui est la devise la plus connue, a été créé en 2009, indépendant de toute banque centrale et de toute autorité de régulation. Il permet des échanges anonymes et sans intermédiaire bancaire.  En avril 2015, il valait 240$ (97,51$ en juillet 2013). 14 millions de bitcoins sont actuellement en circulation. Ces systèmes d’échanges locaux sont souvent fondés sur le temps de travail et non sur l’expertise. L’intérêt est de relocaliser les échanges sur un territoire donné ou une communauté. De ce fait la réussite du bitcoin n’a pas laissé Wall Street insensible, les investisseurs professionnels voient leur influence grandir au détriment des particuliers. Le développement de ce marché financier atypique a engendré une chute de l’utilisation du bitcoin comme monnaie d’échange, la spéculation entraînant par conséquent un frein à son expansion en tant que devise et remet en question provisoirement sa spécificité. Sans condamner ces monnaies alternatives, il serait temps de les protéger des marchés financiers.  
D’autres instruments, comme le crowdfunding ou financement participatif, se développent afin de « financer » cette économie collaborative. Ils seront de plus en plus au cœur de notre vie sociale et participeront à la valorisation du capital social des réseaux concernés. La notion de la confiance sera encore plus déterminante dans l’économie du partage pour créer une communauté d’ambassadeurs et attirer de nouveaux consomm’acteurs.

lundi 6 avril 2015

Chapitre 5 suite et fin : Le revenu de base


Le journal en ligne « L’inconditionnel », journal sur le revenu de base (www.linconditionnel.info) donne la définition suivante : « Revenu de base inconditionnel, revenu universel, de citoyenneté, d’existence, de dignité, allocation universelle… Quel que soit le nom qu’on lui donne, l’idée de verser à tous un revenu déconnecté de l’emploi, de la naissance à la mort, fait son chemin. En garantissant à chacun les moyens de son existence, le revenu de base permettrait de lier plus harmonieusement solidarité, justice et liberté. » Cette définition ne devrait plus porter à débat. Il est universel, individuel et inconditionnel.

Le plus grand service que l’on pourrait rendre à cette disposition révolutionnaire est de ne pas se précipiter et de la proposer au bon moment. Le faire aujourd’hui serait la meilleure façon de l’enterrer pour de longues années. Le revenu de base est un élément fondateur d’une société collaborative à venir. Il ne peut être une tension entre ceux qui travaillent en gagnant modestement leur vie et ceux qui sont à la recherche d’une activité. Le revenu d’existence n’est pas une prestation sociale nouvelle, il n’a aucun lien avec l’assistanat. Il faut d’abord éliminer les freins psychologiques. Nous sommes davantage face à des questions de pédagogie et d’application. C’est une mesure avant-gardiste difficile à promouvoir dans une société productiviste, de compétition où le travail et sa valorisation financière sont les éléments marqueurs. C’est une dotation inconditionnelle de revenu, c’est-à-dire qu’elle est destinée à tous les adultes. Elle doit permettre la suppression de la quasi totalité des allocations. Il n’est pas question de charité ou d’assistance comme cela existe aujourd’hui avec le RMI (revenu minimum d’insertion créé en 1984) ou RSA (revenu de solidarité active créé en 2008). Il n’est pas question d’acheter la paix sociale. Le revenu de base est un élément d’égalité et un plus en terme d’harmonie sociale. Ce revenu de base remplacerait tous les revenus non productifs (indemnités de chômage, retraites, RMI, allocations familiales, bourses d’étude, crédit d’impôt,…).
Dès 1516, Thomas More dans son livre « L’Utopie » imagine un revenu pour tous. Au XIXème siècle, Charles Fourier et les phalanstères défendent l’idée que l’Homme a droit à un « minimum de subsistances abondantes » pour avoir violé ses droits fondamentaux de liberté de chasser, pêcher… La providence a mis à disposition des ressources naturelles qui appartiennent à tous pour subvenir à leurs besoins. Fourier appelle cela « un dividende territorial ». Dès 1930, Keynes prédisait qu’un siècle plus tard, on ne travaillerait plus que quinze heures par semaine et qu’il faudrait imaginer un revenu complémentaire. A la fin du XXème siècle, Robert Theobald a proposé de casser le lien entre revenu et travail en créant un revenu indépendant de la fonction dans l’économie. Chaque individu a droit à une part de la richesse mondiale quelque soit ses compétences, son expertise et sa force de travail en donnant naissance à un revenu garanti. La liste des auteurs sur ce sujet est déjà longue, la véritable question est sur l’opportunité de sa mise en application. Quand ? et comment le faire accepter, en particulier par ceux qui pourraient être les premiers bénéficiaires et qui pourraient en être les premiers détracteurs ? Il ne doit pas être perçu comme une remise en cause du droit social.
Il est temps de reconsidérer la sécurité économique face aux défis du développement technologique et de la mondialisation. Les machines ou robots qui vont remplacer les travailleurs font partie d’un héritage collectif et non un outil privé. Aujourd’hui, l’idée de revenus et d’enrichissement sont liés à notre travail, la richesse cela se mérite !!! Et pourtant seulement 41% du revenu provient du travail rémunéré, les 59% restant sont des revenus de transfert non lié au travail. Est-il déjà d’actualité de découpler l’emploi du revenu ? La réduction du temps de travail va obligatoirement entrainé ce découplage sans quoi nous allons assister à une révolte populaire, une jacquerie comme l’histoire n’en a jamais connue. Avec la disparition de l'emploi et des revenus s’y attachant, ce sont les propriétaires et les classes supérieures qui vont conserver leur pouvoir si aucune mesure de rétrocession n’est engagée. Nous ne devons jamais manquer de rappeler que tous les Hommes sont égaux en droit.
Naturellement que ce revenu de base participe à une profonde mutation de la société, d’une société productiviste à une société d’abondance, et qu’il nécessite de revisiter l’ensemble de nos politiques sociales, en particulier en matière de financement.
Le revenu de base est une remise en cause intégrale de notre statut de producteur consommateur. La transformation des modes de travail, la fin de l’employabilité, le développement de l’artisanat numérique vont engendrer de nouvelles approches économiques. Ce revenu d’existence redonne au citoyen un choix de vie plus libre quant aux modes de production. Ce n’est pas un système qui élimine le travail mais au contraire qui le régénère et favorise l’expression de toutes les formes de travail. Le développement de biens communs, librement partagés par une communauté d’individus, va être stimulé par cette indépendance financière. La préoccupation quotidienne de subvenir à ses besoins de base ne sera plus une réalité pour nos enfants. Ils pourront développer leur créativité sans contrainte matérielle. Notre contribution à la société sera alors dénuer d’enjeux de pouvoir et l’altruisme redeviendra un principe fondateur de la communauté humaine. Ce revenu universel sera alors la sécurité sociale de cette fin de siècle et pourra être mis en place quelque soit le niveau économique du territoire. Pour Eric Dacheux et Daniel Goujon (« Allocation universelle et économique : une alliance au nom de la démocratie » - Mouvements, 2013/1 n°93), il n’y a « pas de société démocratique sans participation politique, et pas de participation politique sans un minimum assurant la subsistance de l’individu ». C’est l’outil démocratique indispensable pour assurer la mutation technologique à laquelle nous assistons. Ce défi est celui de la génération à venir pour sauver l’espèce humaine. Une raison supplémentaire pour imaginer des solutions qui dépassent la notion d’ici et maintenant chère à nos responsables politiques qui nous gouvernent.

« L’emploi est mort. Vive le travail. »
Bernard Stiegler