Conseil de lexture


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mercredi 10 juin 2015

Chapitre 8 : LES BÉNÉFICES DE LA SOCIÉTÉ DU SAVOIR INÉGALEMENT RÉPARTIS - Les sacrifiés


8.

Les bénéfices de la société du savoir inégalement répartis

 

Les sacrifiés / Vers une société post-industrielle / La robotisation / La nomadisation / Le pair à pair  

Les sacrifiés
Le coût du travail diminue depuis vingt cinq ans sans qu’il y ait eu à ce jour de conséquence sur les revenus des salariés. Cette baisse provient de la réduction invisible des charges sociales, en particulier sur les bas salaires. Tous les gouvernements ont utilisé cet expédient en le finançant par de l’endettement public. Nos gouvernants ont préféré socialiser la baisse du coût du travail plutôt que d’augmenter l’inégalité entre les classes sociales comme certains de nos voisins (l'Allemagne en particulier). Afin de maintenir les revenus le gouvernement socialiste a imaginé le crédit d’impôt pour la compétitivité (le CICE – 6% de la masse salariale en dessous des 2,5 du SMIC). Encore un allègement de charges qui est financé cette fois-ci par l’impôt sur la consommation (augmentation de la TVA de 19,6% à 20%). On reprend au consommateur ce que l’on n’a pas pris au salarié ! Et, malgré tout nous n’arrivons toujours pas à être compétitifs. Les raisons sont donc ailleurs que dans le coût du travail, à moins de « changer de braquet » et de supprimer le SMIC par exemple. Si les méthodes sont différentes, les résultats sont les mêmes, les coûts des bas salaires diminuent avec un maintien de la protection sociale ; mais à quel prix et pour combien de temps ? On perçoit parfaitement la tendance et dans quel groupe social nous allons rechercher les sacrifiés.
Cette société du savoir à l’intérieur d’une économie capitaliste ne concerne pas les populations les plus populaires, elle ne peut leur donner qu’un emploi non qualifié et par conséquent mal rémunéré. La tendance d’une baisse des bas salaires va s’accentuer si le profit et l’inégalité des richesses restent ce qu’ils ont été ces dernières années. Il faut éviter cette catastrophe humaine et faire en sorte que cette société libératrice le soit réellement pour tous et non simplement pour une minorité. Les différences sociales et culturelles sont suffisamment importantes pour faire porter tout le poids de cette mutation sur les populations les plus fragiles. L’Etat ne peut pas laisser le marché faire sa loi, et pourtant le gouvernement de Manuel Valls libère l’emploi dans les PME et les TPE.
La critique de la société industrielle exposée par le théoricien Ivan Illich dans le livre « La convivialité » a trouvé un écho dans le monde du numérique, et pourtant ce philosophe autrichien n’a que peu connu Internet. L’outil informatique a jusqu’à présent renforcé la complexité des organisations et par conséquent la domination des experts sur la masse. Illich ne dénonce pas la domination de l’Homme par l’Homme mais la servitude que le monde industriel inflige aux travailleurs sacrifiés par toujours plus de cloisonnement et d’efficacité productive. Il dénonce une société qui est dominée par des impératifs de croissance et défend l’idée d’une société conviviale remettant les Hommes au cœur du projet sociétal. Pour le moment notre société du savoir a conservé les mêmes attributs que la société industrielle, et pourtant elle a toutes les capacités à devenir conviviale, comme l’entend Illich, c’est-à-dire à ne pas dégrader l’autonomie personnelle, à ne pas susciter esclaves et maîtres et à élargir le rayon d’action personnel. Son concept de monopole radical est parfaitement transposable dans notre société capitaliste actuelle. Le numérique est un moyen technique si efficace qu’il crée les conditions d’un monopole et interdit tout autre moyen. Il est quasiment impossible aujourd’hui de vivre sans Internet, outil tout autant libératoire que liberticide, et cela sera encore plus vrai dans quelques années. En phase de mutation, comme celle que nous connaissons actuellement, l’outil industriel dans le passé et l’outil informatique aujourd’hui sont censés répondre à des besoins tout en créant des nouveaux maux plus graves que les précédents et qui entraînent l’augmentation du nombre des sacrifiés. Le refus de la fracture numérique est indispensable pour éviter le piège d’une société brutale, autoritaire et bien peu humaine. Ivan Illich condamne cette société capitaliste autodestructrice où l’Homme est victime de sa capacité créatrice. Et si la machine va continuer à remplacer l’employé, il est tout à fait possible de développer des outils conviviaux et de sortir par le haut de cette crise sociétale.
En parlant des actifs qui sont laissés sur le bord du chemin, Jeremy Rifkin écrit « Chaque nouvelle ignominie mine un peu plus leur confiance et leur amour-propre. Ils ont commencé par être sacrifiables, les voilà devenus obsolètes puis, finalement, invisibles dans le nouveau monde du commerce et des échanges planétaires. » (« La fin du travail » p.268) Au début, ce sont les moins bien formés, les personnes sans qualification, les immigrés qui ont payé le prix fort de la révolution technologique. Or, aujourd’hui, ce sont les classes moyennes, les cadres expérimentés qui rejoignent les premiers au bord du chemin. Il se sentent dévalorisés, sans projet d’avenir avec la crainte de voir leur famille se disloquer devant cette situation qu’ils n’ont pas vu venir. Alors prudence à tous ceux qui se croient protégés, bien formés, qualifiés pour défier la vague déferlante, nous y passerons presque tous, aujourd’hui, demain ou dans dix ans.
La classe sociale du Savoir continue à profiter du système et reste l’argument numéro 1 pour faire comprendre que tout le monde peut en bénéficier, qu’il n’y a pas d’autre solution et que demain « on rasera gratis ». Quelle douce illusion que de penser qu’une minorité sociale imposera encore longtemps son diktat économique. Moins ils seront, plus grande sera leur difficulté à nous faire croire que notre place est à leur côté. Ce groupe hétéroclite et cosmopolite, formé d’informaticiens, de chercheurs, de juristes, d’ingénieurs, de créateurs, de consultants de toute sorte devra comprendre que leur rôle est d’être l’aiguillon nécessaire pour transformer la société. Il est la « matière première » indispensable sans laquelle rien ne pourra se faire, hormis le règne de la terreur, de la guerre civile et du chaos.
Notre économie industrielle doit se réinventer à l’ère du numérique, et cette mutation ne paraît pas se mettre en place en associant tous les citoyens. Notre organisation sociétale est dépassée, et les principaux acteurs politiques et économiques n’ont pas suffisamment d’imagination pour comprendre la réalité d’un monde  de plus en plus sans travail. L’audace politique a disparu et personne ne sait aboutir à une proposition positive et constructive. Le pouvoir central est affaibli et une économie contributive vient progressivement rivaliser l’économie capitaliste. Changement radical de la nature du travail, les fermes, les industries et les bureaux ont besoin de moins en moins de personnel avec des machines plus performantes et moins coûteuses. Les êtres humains seront cantonnés aux emplois très spécifiques ou aux emplois sans qualification. Entre les deux, il y aura les machines. C’est la main d’œuvre du futur. « Dans le siècle qui vient, la contribution humaine va progressivement quitter le monde marchand pour investir la société civile. » Jeremy Rifkin (« La fin du travail » p.LV) Le capitalisme est malade de vieillesse, d’usure, il ne contrôle plus ses ouailles, il sépare les individus et les éloigne de la vie décente. Il ne représente plus une société qui se tient debout, qui regarde fièrement l’avenir et invente l’avenir afin de le rendre plus humain.
Les tensions entre les riches et les pauvres, ou ceux qui se sentent délaissés par la révolution technologique vont s’accroître jusqu’à l’explosion ou la domination des uns sur les autres. Leur antagonisme fera qu’à un moment ou un autre la cohabitation deviendra impossible. Faut-il attendre qu’une étincelle allume un brasier social que l’on ne saura pas éteindre ? Les riches ne pourront pas continuer à vivre dans des zones de plus en plus protégés, il leur faudra bien partager volontairement ou sous la contrainte d’une population en armes. Dans chaque révolution il y a des gagnants et des perdants, seulement les perdants sont toujours plus nombreux. Et, personne ne peut affirmer que de gagnant il ne deviendra pas perdant dans les mois suivants.

dimanche 7 juin 2015

Chapitre 7 suite et fin : Le climat, une priorité absolue face au commerce international

Le dérèglement climatique est une occasion unique de renverser la table pour proposer un nouvel équilibre entre les préoccupations commerciales et la nécessaire transition énergétique. Les citoyens n’ont pas réussi à se mobiliser pour sauver leurs emplois, ils pourront peut-être se l’autoriser pour protéger la calotte glaciaire. Tous les scientifiques qui travaillent sur la question climatique insistent sur la nécessité de ne pas dépasser une augmentation de 2°C de la température d’ici la fin du siècle. Objectif qu’il sera difficile d’atteindre si nous laissons l’économie diriger nos vies. Naomi Klein, dans son dernier livre « Tout peut changer », lie ce dérèglement climatique à l’affaiblissement de la sphère publique : « Ce travail de sape se mène au nom de l’austérité, qui a succédé à d’autres notions tout aussi abstraites et déconnectées de la vie quotidienne (équilibre budgétaire, amélioration de l’efficacité, stimulation de la croissance économique, etc.) pour justifier ces incessants appels au sacrifice collectif, qui servent tous le même objectif de croissance économique. » (p.29) Il est impossible de mettre en place des politiques correctrices en maintenant un « capitalisme dérèglementé ». Il suffit d’étudier tous les accords commerciaux internationaux de ces trente dernières années pour s’en rendre compte. L’augmentation des gaz à effet de serre, qui était de 1% dans les années 1990, est passé à 3,4% dans les années 2000. Il fallait toujours produire les biens à moindre coût pour nourrir la Bête, celle qui nous a donné tant de biens matériels pour nous convaincre que le bonheur était dans la consommation. Ce n’est plus un problème technique mais essentiellement le problème politique. Nos dirigeants sont-ils capables d’un côté de refuser aux lobbies la liberté de commercer et de l’autre aux citoyens de revoir leur mode de vie et leur employabilité ? Il leur faudra beaucoup de courage et d’abnégation pour forcer le passage. En sont-ils capables ? Nous le saurons en décembre avec la COP21 à Paris. Il nous faut rompre avec le fondamentalisme marchand et la vision matérialiste de la société de consommation. Surtout que nous ne devons pas oublier que certains groupes économiques voient dans la dégradation climatique des opportunités uniques de faire prospérer leurs affaires, et seront des lobbies très entreprenants pour promouvoir une transition énergétique soutenable sans casser le système. Il n’est pas rare d’entendre certains relais d’opinion expliquer l’intérêt de cette situation pour les pays développés et leur économie.  Dans le même temps le chantage à l’emploi continuera à faire pression sur les politiques quelles que soient les conséquences de survie pour des centaines de millions de personnes dans le monde. Ces grands trusts seront toujours là pour se dédouaner des grandes catastrophes climatiques par des actions humanitaires bienveillantes. Comment expliquer et être entendu par un retraité du Middle West aux Etats-Unis ou un agriculteur de la Beauce qu’une baisse de leur revenu est indispensable pour sauver la planète et que leur intérêt personnel est nuisible à l’intérêt collectif ? Les fonds de pension par la pression qu’ils mettent en terme de rentabilité capitalistique ou les aides agricoles de l’Union européenne sont devenus toxiques et ont un rapport direct avec l’augmentation des gaz à effet de serre.
Le commerce international et son tuteur l’OMC ont été et sont encore les acteurs majeurs de cette impossibilité à aménager une politique favorable au climat. Depuis un quart de siècle, la mondialisation a favorisé l’obstruction à des initiatives industrielles, commerciales et citoyennes en prétextant des entraves à la libre circulation. Ces fameux accords de libre échange ont permis un développement économique sans précédent en détruisant dans le même temps environnement et emploi dans un grand nombre de régions du monde. Nous en sommes arrivés à pourfendre l’économie locale en raison d’une discrimination commerciale qui n’était en fait qu’un obstacle aux bénéfices de quelques grands groupes industriels et financiers. Cette politique acceptée et protégée par les Etats détruisait l’emploi local et le climat sans que personne ne s’y oppose. C’est ainsi que les politiques énergétiques de substitution aux énergies fossiles sont encore très éloignées des objectifs fixés par les différentes Conférences sur le climat. Il existe toujours des distorsions entre les subventions versées aux entreprises pétrolifères et celles qui exploitent les EnR. D’après ces Conférences, les Etats sont responsables des GES (gaz à effet de serre) produits sur leur sol et non les GES qui découlent de produits qui leur sont destinés. Une parfaite supercherie qui leur a permis de se dédouaner à bon compte et présenter un bilan carbone acceptable vis-à-vis de leur population.
Nous ne pourrons pas instituer une économie durable sans changer les règles du commerce international. Une organisation mondiale est nécessaire, non pour favoriser le libre échangisme mais pour trouver un juste équilibre entre le commerce et l’environnement. Nos pays industrialisés peuvent toujours se féliciter de leurs efforts pour baisser nos indices en matière de GES si ceux-ci ne sont dus qu’à un transfert industriel dans des pays ateliers comme la Chine. Notre empreinte écologique est en réalité toujours aussi importante. Les discussions actuelles sur le fameux TAFTA sont essentielles pour l’avenir de notre planète, et le symbole de la lutte entre deux visions du monde : consumériste et capitaliste, citoyenne et durable.
Ces deux visions du monde qui s’affrontent et qui ne pourront pas à terme cohabiter. Nous ne pouvons plus tenter de satisfaire tout le monde, nous avons trop attendu. Pour que nos enfants, et ceux qui grandissent à l’autre bout de la Terre, puissent espérer vivre dans des conditions climatiques acceptables pour l’être humain nous allons devoir inventer très rapidement un nouvel ordre économique. Sans l’action des citoyens cette mutation sera bien trop complexe, et pour se faire il nous faudra résoudre de nombreuses contradictions entre notre maintien de notre mode de vie et notre capacité à engendrer beaucoup plus d’altruisme.


« La déstabilisation du climat est le prix à payer pour un capitalisme déréglementé et mondialisé, sa conséquence involontaire, mais inévitable. »
Andreas Malm (« China as chimney of the World »)

« Sans électricité, il n’y a pas de lumière, pas d’eau potable, pas d’éducation, pas de santé, pas de croissance. »
Jean-Louis Borloo

jeudi 4 juin 2015

Chapitre 7 suite : Les "Smart Grids", une révolution en marche

Ces réseaux électriques « intelligents » sont les outils les plus concrets pour expliciter ce que vont devenir nos villes (voir chapitre 9). Grâce à eux, nous allons pouvoir devenir des producteurs d’énergie et avancer très rapidement dans la notion d’efficacité énergétique. Le réseau des « Smart Grids » va permettre d’analyser et d’adapter en temps réel la demande en matière d’énergie. Sur un quartier, une ville, nous serons en capacité de lisser nos dépenses d’énergie en fonction de nos habitudes. Tout le système économique va être impacté par cette nouvelle intelligence informatique, les entreprises vont en faire une de leur priorité. Le développement des « Smart Grids » va aussi transformer l’organisation de la production, nous allons pouvoir déboucher sur des réseaux horizontaux et interrompre cette course à la construction de centrales électriques toujours plus puissantes. Chaque bâtiment, chaque acteur économique va devenir un producteur en puissance car plus la production sera proche de la consommation, moins le problème du stockage sera pertinent. Tout ce qui fonctionne mécaniquement produit de l’énergie, un marcheur dans la rue, un agent municipal qui nettoie les trottoirs,… Tout ce qui peut être recyclé dans nos villes peut devenir un carburant domestique… Tout bâtiment qui peut supporter des panneaux solaires peut devenir une mini centrale électrique…
Dans tous les pays du monde, des milliers d’initiatives voient le jour pour combattre la gabegie énergétique, certaines d’entre elles peuvent nous interpeler mais aucune ne doit être moquée. La Ville est naturellement un espace idéal pour concevoir de nouveaux projets car elle concentre des centaines d’activités dévoreuses d’énergie mais, par les « Smart Grids », elles seront prochainement productrices d’énergie. La sagesse collective doit se faire entendre pour donner à la Ville ses titres de soutenabilité.

lundi 1 juin 2015

Chapitre 7 suite : L'énergie territoriale


La politique énergétique de l’Allemagne n’est pas toujours exemplaire, en particulier par son approvisionnement en charbon pour sortir au plus vite du nucléaire, mais ses choix en faveur des énergies renouvelables et de la municipalisation des circuits de distribution sont indiscutables. Les villes de Munich et Francfort ont toujours maîtrisé leur réseau électrique. Dans tout le pays des millions de citoyens ont décidé une production de l’énergie décentralisée basée sur les EnR et s’opposant à une privatisation jugée catastrophique en terme financier et écologique. Il est vrai que les firmes privées investissent difficilement dans les EnR en raison des coûts. Notre système français est très différent car dominé par une entreprise publique EDF qui décide de la politique énergétique de notre pays sans réel contre pouvoir. Depuis 2008 à la Bourse de Leipzig, le prix moyen de l’électricité vendue en gros à baissé de 30%. Qu’en est-il sur nos factures ? La position d’EDF lui permet de ne pas en tenir compte et de nous expliquer que ce prix permet le maintien d’une politique d’investissement. Et si nous réfléchissions autrement… Pour quelle raison nous ne pourrions pas territorialiser notre politique de production et de distribution électrique ? C’est la seule façon de pouvoir sortir du nucléaire en France et d’effectuer une mutation en faveur des EnR en moins de deux décennies. Cette décision provoquerait une catastrophe financière et sociale pour EDF mais tellement favorable au climat. C’est une nouvelle fois une simple question de volonté politique et démocratique. Cette position ne remet pas en cause la nécessité d’une politique publique de l’énergie, elle ne fait que la décentraliser afin d’être au plus près des besoins des habitants, de choisir la meilleure origine de production et éviter des gaspillages en particulier pendant le transport. Il est évident que tout doit être fait pour financer ces programmes énergétiques territoriaux. De nombreuses initiatives fort diverses sont en cours, en Région Centre avec la filière bois énergie, dans la Manche avec l’éolien offshore ou dans la Région du Nord Pas de Calais avec le chantier de la Troisième Révolution Industrielle. Il n’est pas vain d’affirmer que l’avenir de l’Homme est en jeu pour éviter un réchauffement climatique incontrôlé et destructeur de nombreux territoires dans le monde. Et si la France est relativement protégée pas ces phénomènes climatiques, elle se doit de montrer l’exemple en raison des responsabilités qu’elle doit assumer avec les autres pays développés.
Depuis le 1er juillet 2004, la France a ouvert son marché de l’électricité à la concurrence pour la distribution à des structures professionnelles. Face à cette libéralisation des acteurs de l’économie sociale et solidaire se sont regroupés pour proposer un autre modèle moins énergivore autour des ambitions suivantes : promouvoir les énergies renouvelables, défendre la maîtrise de la consommation d’énergie, décentraliser la production et offrir à chaque citoyen la possibilité de s’approprier l’accès à l’énergie. Le projet de la coopérative Enerccop était né. Aujourd’hui il regroupe plus de 11 000 sociétaires et distribue de l’électricité à plus de 18 000 consommateurs. Le résultat est certes modeste mais la preuve que cela fonctionne malgré les restrictions qui existent encore aussi bien d’un point de vue politique que technologique. Il est temps de passer à la vitesse supérieure et de répéter ce modèle dans tous les territoires de France en s’appuyant sur les collectivités locales et les citoyens. Toutefois le système n’est pas encore satisfaisant car si l’adhésion à Enercoop permet de favoriser le développement des EnR, elle ne permet pas de s’approvisionner en EnR près du lieu de consommation. Un nouveau cadre législatif est nécessaire pour lier production – distribution et consommation.
La déconcentration des politiques de production et de distribution de l’énergie est très favorable aux collectivités territoriales. Sur le plan économique, ces retombées génèrent des revenus fiscaux, la mobilisation de main d’œuvre de proximité et l’animation du territoire. Sur le plan politique, c’est une prise de conscience démultipliée de l’importance de l’énergie dans nos vies, et la faculté de tout à chacun d’être davantage responsable en renforçant l’efficacité énergétique. N’oublions pas qu’il est essentiel que nous baissions notre consommation énergétique quelque soit son origine (-20% d’ici 2030). Cette sage décision politique est une nouvelle fois en contradiction avec des taux de croissance supérieurs à 2%.

mardi 26 mai 2015

Chapitre 7 suite : Le citoyen, acteur de la transition


Il est venu le temps de la rénovation de nos modes de pensée et de nos comportements en matière de consommation d’énergie. L’une des pistes est l’implication des citoyens en tant qu’acteur de la transition.
La microélectricité ou électricité distribuée est la capacité de chacun à produire son électricité. Aujourd’hui, près de 25% de la production mondiale est sous cette forme. 46% de la capacité de production électrique renouvelable en Allemagne est entre les mains des particuliers. En France, il n’est pas possible à ce jour de consommer sa production d’électricité. L’énergie renouvelable produite par le particulier est vendue à EDF à un tarif garanti qui reste l’opérateur national ultra-dominant. Or, le transport de l’électricité représente environ 50% de son coût, sans parler du gaspillage calamiteux durant le parcours. Il serait plus durable de produire et consommer localement et de revendre son surplus à des sociétés publiques locales contrôlées par les collectivités. La difficulté technique reste le stockage, mais des solutions existent. Ce système de tarif garanti va prochainement disparaître suivant les directives de l’Union européenne, rendant notre modèle économique obsolète. Il faudra bien alors envisager d’autres solutions, surtout que dans le même temps les réseaux de basse et moyenne tension vont revenir aux collectivités si elles le souhaitent à la fin des conventions les liant à EDF et RTE. Une évolution de la loi permettra alors l’organisation décentralisée du commerce de l’électricité. Nous devons partager la responsabilité de la transition entre l’Etat et le bloc local. Le territoire doit être un site de production d’énergie renouvelable. En Allemagne, on compte quelques 900 coopératives de producteurs d’énergie renouvelable. Il est évident que cette révolution entraînerait dans un premier temps de graves difficultés à EDF mais serait le premier pas vers un allègement de la facture énergétique. Le citoyen est au cœur de cette transition, c’est à lui de prendre les mesures nécessaires afin de devenir producteur photovoltaïque, éolien, géothermique, tout est prêt pour transformer en profondeur notre pays. Chaque entreprise, chaque bâtiment, chaque véhicule devient un producteur d’énergie. Une électricité citoyenne est une énergie plus propre, un coup de frein à la détérioration du climat et une remise en cause du nucléaire.
Cette révolution énergétique citoyenne doit être accompagnée par le système bancaire en fléchant davantage l’épargne populaire vers tout projet de rénovation thermique des bâtiments. Cela doit devenir une priorité stratégique des établissements bancaires.
En tant qu’acteur de cette transition, le citoyen français, mais aussi du reste du Monde, doit être au rendez-vous de la Conférence de Paris, appelée « Paris Climat 2015 » ou COP21. 50 000 délégués de 195 pays seront réunis pour parvenir à un accord sur le climat et contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2 degrés. Cette 21ème conférence ne peut pas être un échec, des décisions contraignantes doivent être appliquées au plus vite. Tous les efforts de chacun au quotidien seront vains si les responsables politiques ne se mettent pas d’accord. Les Etats-Unis et la Chine ont enfin accepté de chiffrer leurs objectifs de baisse de leurs émissions des gaz à effet de serre (!!!) et l’Union européenne s’est engagé à les diminuer de 40% d’ici 2030. Nous ne pouvons pas laisser les dirigeants politiques nous mener une nouvelle fois en bateau. 600 milliards de dollars sont destinés aux énergies fossiles chaque année quant un fonds vert de 100 milliards destiné aux pays en voie de développement n’est toujours pas abondé (COP15 de Copenhague en 2009). Une mobilisation générale doit être décrétée à cette occasion. Des manifestations ou des initiatives sur Internet vont mobiliser tous les citoyens du Monde, des pays riches comme des pays en voie de développement, afin d’obliger Hollande, Obama, Merkel, Xi Jinping et les autres à prendre leur responsabilité et à oublier quelque peu l’intérêt de quelques uns. Rien ne se fera sans des citoyens convaincus et engagés dans une transition énergétique de grande ampleur. Laurent Fabius n’a t-il pas déclaré « Il n’y a pas de plan B, car il n’y a pas de planète B. »

vendredi 22 mai 2015

Chapitre 7 suite : La décarbonisation de l'économie

Le secteur de l’énergie est le plus émetteur de CO2 en raison principalement des centrales thermiques au charbon, et des besoins industriels de plus en plus conséquents. La transition énergétique est inéluctable et passe par le développement des EnR qui reste un défi dans la décarbonisation du mix énergétique aussi bien pour des raisons techniques qu’économiques. La transition est également envisagée par la maîtrise de la consommation d’énergie. L’économie circulaire répond parfaitement à cette préoccupation en prenant en compte le cycle de conception des produits et son intégration avec les modes de production et de consommation afin de réduire les impacts environnementaux.
Les EnR, dont la part est de près de 13% dans la couverture des besoins mondiaux, permettent de répondre à trois objectifs majeurs : la prise en compte du réchauffement climatique, la sécurité en matière de production et l’indépendance. Au niveau mondial, la demande d’électricité devrait croître à un taux annuel de 2,5% d’ici 2030, tendance incompatible avec la situation du climat, surtout que la dépendance énergétique de l’Union européenne est à plus de 50%. Il est temps de mettre fin à ce modèle de civilisation énergivore qui continue à gagner du terrain chez nous mais surtout dans les pays en voie de développement. Aussi, la reconversion écologique constitue la seule alternative qui s’offre à l’humanité. Elle n’est pas une punition mais au contraire une libération vis à vis de l’addiction à la production et à la surconsommation. Les caractéristiques du nouveau paradigme économique proposent moins de ressources utilisées de manière plus efficace dans une économie circulaire, provenant tout particulièrement des énergies renouvelables. Les grandes entreprises se saisiront de cet Internet industriel. C’est un projet de société à lui seul qui doit être au coeur de l’action publique. Toutes les politiques stratégiques doivent tenir compte de cette dimension de transition. La transition énergétique est un formidable moyen de relance économique, de source d’emplois et de pouvoir d’achat.
La résistance du capitalisme privé et public reste forte mais la IIIème Révolution industrielle, qui voit la convergence entre communication et énergie, sera sans faille. Surtout que les nouvelles technologies réduisent à néant les frais de stockage et de distribution, ainsi que le coût marginal de production. Tous les ingrédients qui ont fait prospérer le capitalisme, synonyme d’investissements massifs rémunérés par les gains dus aux économies d’échelle, vont disparaître progressivement. Cette décarbonisation de l’économie nécessite la recherche de financements nouveaux. La Fondation Nicolas Hulot a proposé des mesures comme par exemple, l’introduction d’une « assiette carbone » dans les taxes sur l’énergie (loi de finances 2014) ou la montée en puissance de la Contribution Climat énergie (avec compensation pour les ménages). Nouvelle Donne, le parti politique créé par Pierre Larrouturou, défend la création monétaire au service du bien commun et des citoyens et non pas des banques. Un Pacte Energie – Climat – Pouvoir d’achat qui permettrait à chaque Etat d’emprunter chaque année l’équivalent de 1% de son PIB à taux zéro auprès de la BEI pour financer les travaux et les investissements d’économies d’énergie. Il va falloir de l’imagination pour affirmer l’excellence environnementale à partir de la décarbonisation de la société, responsabilité partagée entre les acteurs économiques, les pouvoirs publics et les citoyens. Ces enjeux nécessitent le retour d’une certaine planification de l’aménagement du territoire. Enfin, la fiscalité écologique est essentielle pour financer cette transition mais aussi, et surtout, pour sensibiliser tous les acteurs. Toutefois, elle ne doit pas être punitive et confiscatoire sans contrepartie ou compensation. Il est temps de mettre à plat notre fiscalité, de l’adapter à notre époque de mutation et surtout de l’ajuster avec celle de nos principaux partenaires européens.

mardi 19 mai 2015

Chapitre 7 suite : Nous souffrons de trop de pétrole


Nous ne devons pas parler de la rareté des matières premières fossiles mais de leur abondance. Les compagnies pétrolifères veulent nous faire peur sur l’épuisement des ressources fossiles afin qu’elles puissent continuer à extraire en bénéficiant des largesses financières des Etats. Il est temps de modérer leur appétit extractif. Nous devons limiter au plus vite l’extraction du carbone dans le sous-sol afin d’éviter des perturbations climatiques incontrôlables. Le réchauffement climatique est la conséquence de la permanence de l’utilisation des matières fossiles, aussi le véritable danger n’est pas l’épuisement de nos réserves mais bien l’extraction toujours plus performante. Si nous ne sortons pas de notre société carbonée, c’est la nature qui nous fera payer le prix fort de notre appétit énergétique. Nous connaissons aujourd’hui la dégradation climatique qui est devant nous, mais l’évaluation des risques n’est pas acceptable pour nos responsables économiques et politiques, alors ils l’occultent autant qu’ils peuvent… jusqu’au jour … Ils espèrent toujours que des solutions techniques seront trouvées par d’autres afin de ne pas toucher à leurs privilèges. Ils se trompent, ils nous trompent et nous l’acceptons car nous n’avons pas envie d’être désintoxiqué.