Conseil de lexture


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samedi 14 février 2015

Chapitre 2 suite : Croissance, inflation et dette publique



L’inflation joue un rôle majeur dans la dynamique de répartition des richesses. Elle pénalise les épargnants et les créanciers, et favorise les emprunteurs car en réduisant le taux d’intérêt réel, elle réduit les charges. C’est un avantage pour tous ceux qui investissent et qui ne choisissent pas la rente comme mode de rémunération. Il serait utile d’indiquer aux banques centrales, qui en ont fait leur principal objectif, de laisser filer quelque peu cet ajustement inflationniste. Toutefois ce processus durable de hausse cumulative du niveau général des prix est difficilement contrôlable et rendrait les marchés instables. Nos responsables ne veulent surtout pas inquiéter la finance internationale, et lui faire perdre de l’argent. Et pourtant une inflation de l’ordre de 2 à 3 % permettrait à court terme de réduire la dette, objet de toutes les inquiétudes. Elle rendrait également l’épargne moins intéressante et inciterait à relancer l’investissement, objet de toutes les sollicitudes.
Une inflation de 2% alliée à une croissance de la production par habitant de 1% revient à une augmentation des salaires et des prix de l’ordre de 3%, et par conséquent une modification considérable des valeurs en une génération.

mercredi 11 février 2015

Chapitre 2 suite : Le progrès est-il infini ?

En 2014, le « Global Overshoot Day » était le 20 août, ce jour là nous avons atteint la consommation des ressources naturelles que la planète peut produire par an sans compromettre leur renouvellement. Selon l’ONG Global Footprint Network, c’est au début des années 1970 que l’Humanité a dépassé pour la première fois ses capacités de renouvellement. Aujourd’hui, le Japon aurait besoin de 7,1 Japonais pour subvenir à ses besoins en matière de consommation, la France n'est quand à elle 1,6 Français. Il est logique d’étudier les conséquences de la croissance sur notre écosystème et son corollaire qu’est le progrès pour ne pas accentuer cette catastrophe environnementale.
Dans notre société capitaliste, le progrès, très souvent étudié sous un angle quantitatif et scientiste, se développe de façon de plus en plus complexe et incontournable. Nous pouvons difficilement imaginer notre société délaissant le progrès, il faut simplement mieux le maîtriser. Le domaine des découvertes scientifiques est loin d’être exploré, il est fort peu probable que la fin de la science soit atteinte au cours de ce siècle. Nous avons commencé à explorer l’infiniment petit et l’infiniment grand et notre état de développement ne nous permet pas de savoir où et quand tous ces progrès vont s’interrompre. Par exemple, on s’attend à voir la puissance informatique être multipliée par un million d’ici vingt ans (l’ordinateur le plus puissant fait 33 millions d’opérations par seconde, il en sera 1 milliard de milliards avant 2020 et 1000 milliards avant 2030, ce qui est nécessaire pour analyser le génome, l’ADN entier d’un individu). L’Homme a encore une très grande marge d’action. Si nous considérons que nous sommes dans une structure finie, la complexité des lois de fonctionnement reste infinie. Cette affirmation n’étonnera pas les joueurs d’échecs qui, à partir d’un échiquier de 64 cases, continuent à imaginer des combinaisons malgré tous les travaux déjà publiés.
A notre modeste échelle d’être humain du XXIème siècle, nous pouvons considérer que le progrès est infini, mais alors… vers quel type de progrès devons-nous aller ? Si l’apparition de nouveaux métiers, l’accroissement des échanges économiques, culturels et scientifiques sont positifs, l’augmentation de la dangerosité pour la Planète, la destruction de son écosystème, le creusement des inégalités et la gouvernance technocratique des Etats ne peuvent nous laisser indifférents. Nous devons en permanence remettre en question nos acquis mais aussi intégrer que le progrès n’est pas automatiquement synonyme de bonheur.
Le capitalisme a réussi à créer de plus en plus de besoins s’appuyant sur le fait que l’être humain est en perpétuel état de transformation. Il a réussi ce magnifique tour de passe-passe de produire toujours plus de biens en aménageant la rareté pour maximiser les profits. Nous vivons dans une société où le sentiment de misère, de déclassement, d’exclusion est de plus en plus fort, et pourtant jamais le monde n’a été aussi riche, aussi pacifique, aussi peu malade malgré un terrorisme de plus en plus planétaire. En ce début de millénaire, nous découvrons enfin les moyens de dompter une nature hostile, mais il nous faut aussi espérer mieux maîtriser les conséquences des progrès engendrées par l’intelligence humaine. Nous devons être toujours plus vigilants et plus conscients de la dangerosité de l’Humanité pour elle-même et pour la Nature.
Si la robotisation et l’automatisation de la société sont inéluctables, le nombre de chômeurs va de nouveau exploser dans les dix prochaines années. Tous les secteurs des services vont être touchés, à l’exception de l’éducation, de la santé et de la culture. La machine va remplacer l’homme beaucoup plus vite que ce que les plus pessimistes avaient imaginé. Ces robots tueurs d’emplois, exemple de progrès par excellence, vont participer à la fragilisation du système capitaliste. Et pourtant ce progrès est inéluctable quel que soit le système économique dans lequel il se produit. Une étude du cabinet Roland Berger précise que le besoin en investissement sera de l’ordre de 60 milliards d’euros pour les entreprises françaises d’ici 2025 mais que la dégradation de l’emploi sera de plus de  3 millions d’actifs. Preuve supplémentaire que le Pacte de stabilité du gouvernement est très éloigné de la réalité. Il faudra bien se poser la question de l’emploi autrement qu’en terme d’indemnisation. Le chômage technologique est une réalité intangible qu’il va falloir résoudre par une approche autre que capitalistique.
Comment amortir cette déflagration économique ? Bâtissons une nouvelle Utopie, c’est aussi cela le Progrès. Nous ne pouvons pas enfermer l’Homme dans la seule dimension économique, la prochaine étape collective est de dépasser l’Homo economicus. Il est par conséquent indispensable de créer un électrochoc auprès de nos concitoyens, de les sensibiliser aux enjeux des décennies à venir pour qu’ils participent activement auà ce projet politique nouveau qui devra faire une place à un progrès conçu dans une dimension autre qu’économique.

mercredi 4 février 2015

Chapitre 2 suite : La politique soi-disant salvatrice de l'offre

La politique de l’offre poursuivie par Manuel Valls ne permet ni de soutenir la demande à court terme, ni d’élever le potentiel de croissance à long terme. Quel est l’objectif de ce gouvernement de gauche qui relance une politique appartenant aux années 80 du Président américain Ronald Reagan ? La théorie veut que dans une économie peu compétitive, la priorité soit donnée aux entreprises pour qu’elles produisent davantage de produits et de services, et ceci afin d’obtenir une croissance élevée à moyen et long terme. Pour concrétiser cette politique de l’offre, le gouvernement doit réaliser des économies budgétaires pour les redistribuer vers les entreprises par un allègement de leur fiscalité. Ainsi, elles seront plus compétitives pour investir et embaucher. D’après la loi de Say, l’offre crée sa propre demande. Toutefois la politique de l’offre n’a jamais été au rendez-vous des plus démunis. Elle a surtout augmenté les inégalités en favorisant les plus riches parce que la valeur créée n’est pas répartie équitablement, elle l’est au profit exclusif des entreprises.
Il est illusoire de vouloir opposer la politique de l’offre et celle de la demande car elles visent le même objectif à moyen terme, permettre aux entreprises de faire des bénéfices puis de recruter. En refusant la politique de l’offre, nous avons tendance naturellement à privilégier la politique de la demande tout en connaissant les limites de celle-ci. Cette politique peut être délicate dans un environnement économique où la compétitivité des entreprises n’est pas au rendez-vous. Elle donne la priorité à la relance économique en favorisant la consommation, et par contrecoup bénéficie aux entreprises par une hausse de la demande. On se rend compte que dans les deux cas on part du principe que les entreprises, retrouvant des marges, investiront puis embaucheront. Cette automaticité est aujourd’hui fausse, les entreprises n’ont plus besoin de recruter pour produire davantage et en tirer des bénéfices supplémentaires et la demande sert surtout à importer des pays d’Asie. Elle cause des déficits sans générer d’emplois. Il est essentiel de se convaincre que ces théories ne répondent plus à notre société développée. Sortons de cette idolâtrie qui oppose les entrepreneurs aux autres citoyens. L’amélioration de la compétitivité de nos entreprises vis à vis de leurs concurrentes européennes est compréhensible, mais le choix du gouvernement sacrifie une nouvelle fois l’emploi et les services publics et n’engage pas la France sur le chemin de la Troisième Révolution Industrielle. L’environnement européen qui frôle la stagnation ne sera pas en mesure de porter une nouvelle capacité exportatrice de nos entreprises et ne leur donnera pas les moyens de recruter. Il est temps d’annoncer clairement que la croissance n’est plus incontournable pour que le progrès soit continu.

lundi 2 février 2015

Chapitre 2 SORTIR DE LA LOGIQUE DE CROISSANCE - La croissance est aux abonnés absents


2.

Sortir de la logique de croissance

 

La croissance est aux abonnés absents / La politique soi-disant salvatrice de l’offre / Le progrès est-il infini ? / Croissance et inflation / Et si l’absence de retour durable de la croissance était une bonne nouvelle ?

En entendant le Premier Ministre Manuel Valls nous rappeler très régulièrement qu’il n’y a pas d’alternative à la politique gouvernementale, il me revient à l’esprit le nom de la responsable politique qui a incarné le capitalisme de la fin du XXème siècle : Margaret Tatcher. Elle avait pris pour slogan de sa politique d’austérité : « There is no alternative » (TINA). Les majorités qui nous gouvernent depuis plusieurs décennies proviennent de familles politiques différentes mais leurs politiques ont une même inspiration. Il faut tout faire pour avoir un maximum de croissance car sans elle notre société est condamnée à péricliter. Ne faisons-nous pas fausse route et n’arrivons-nous pas au bout de cette période intermédiaire ? Le capitalisme, et pourquoi pas le socialisme de la production, sont-ils sur le point de devenir des théories du passé ?

La croissance est aux abonnés absents
Le gouvernement socialiste s’évertue à nous faire croire que la croissance va revenir, comme le faisait les précédents gouvernements sous des majorités différentes. Ils nous trompent depuis tant d’années et depuis autant d’années ils essaient d’acheter la paix sociale par des déclarations qui ne sont mêmes plus écoutées par le peuple. Notre croissance est quasiment nulle, et ce n’est ni la santé économique européenne, ni les diktats de l’Allemagne qui vont nous aider. Il est temps d’expliquer aux Français que la croissance est au mieux modérée, autour de 1%, et que même une poussée inhabituelle ne permettrait en aucune façon de retrouver le plein emploi. Le Pacte de responsabilité du gouvernement Valls pourra au mieux créer 200 000 emplois seulement. Que vont devenir alors les millions d’inactifs qui sont au bord de la route et qui se rendront compte une nouvelle fois que toutes ces promesses ne valaient rien. Il va bien falloir un jour avoir un discours de vérité : pas celui que l’on nous sert constamment sur les efforts que nous allons tous devoir faire, mais bien un discours économique sur la théorie de la croissance.
L’économie est une science et les derniers travaux de Thomas Piketty apportent des analyses précises sur la croissance des deux derniers siècles. Depuis le début de l’ère moderne, la croissance normale est de 1 à 1,5% par an, au-dessus nous nous retrouvons dans des périodes exceptionnelles, comme celle de l’après guerre pour l’Europe ou de rattrapage accéléré pour la Chine de la fin du XXème siècle, avec 3 % ou plus. Une croissance de l’ordre de 0,1 à 0,2% quant à elle ne transforme quasiment pas la société, et se pose alors un problème de répartition et de redistribution des richesses. Pour les décennies qui viennent la croissance mondiale sera de nouveau autour de 1% si de nouvelles sources d’énergie permettent de remplacer les actuelles. Avec 1% de croissance annuelle, une société se renouvelle profondément mais ne résout pas la pandémie du chômage de masse. Sur trente ans, soit un peu plus d’une génération, la croissance cumulée est de l’ordre de 35% et permet l’apparition d’un monde économique totalement différent. Que de changements dans notre vie quotidienne depuis l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, et sans avoir les taux de croissance des Trente Glorieuses ! Cette période est trompeuse car, inscrite dans notre imaginaire collectif, elle nous permet de croire qu’il est possible de retrouver cette forte croissance. Rappelons qu’elle était la conséquence de conflits militaires sans précédents. Tout cela est illusoire, cet âge d’or est derrière nous et un retour d’une telle croissance serait la conséquence d’un nouveau conflit militaire majeur, bref le risque d’une évolution mortelle pour la planète.
Il n’est pas question de nier qu’il vaut mieux une croissance de 1% qu’une croissance nulle, et qu’elle génère des bienfaits, mais fonder toute une politique sur un retour de la croissance et ce dans un monde de sous-emploi et de pollution est au mieux une erreur de diagnostic, ou au pire une faute grave qui mérite le renvoi de ceux qui nous gouvernent. Avec des taux de productivité de l’ordre de 3% par an et une démographie qui génère un solde entrants / sortants du marché du travail toujours positif, une croissance « normale » serait de toute façon insuffisante. Alors avec une croissance aux abonnés absents …
Notre richesse n’est plus dans la croissance matérielle ou dans l’accumulation des biens. Nous vivons la fin de l’économisme triomphant.

jeudi 29 janvier 2015

Chapitre 1 suite et fin : De la rareté à la surabondance


« Si tu donnes un poisson à un homme, il se nourrira une fois ; si tu lui apprends à pêcher, il se nourrira toute sa vie ». Ce proverbe de Kuan-Tseu rappelle que les sociétés sont fondées sur la production pour vaincre la rareté matérielle. Or, depuis les années 30 nous avons atteint globalement un état de surproduction. Selon Keynes, nous ne sommes pas dans une crise de la rareté mais de l’abondance, et nos responsables politiques et économiques ne savent pas la gérer. Ce basculement de la rareté à la surabondance s’est malheureusement produit sans éliminer la pauvreté. La situation n’a guère évolué et le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) a évalué à 100 milliards de dollars la somme à trouver par an pour éradiquer la faim dans le monde. Nous avons de quoi produire plus que nécessaire pour assurer la sécurité alimentaire de la planète, mais la minorité financière qui nous gouverne réellement en a décidé autrement..
Il est difficile d’admettre cet état de fait, aussi bien dans nos pays développés que dans le reste du monde ; celui-ci court après nous pour rattraper notre niveau de vie. Comment pouvons-nous être dans une situation d’abondance et être incapables de subvenir aux besoins de tous les êtres humains ? La raison est simple, la théorie classique du capitalisme a été dévoyée par les capitalistes eux-mêmes.
Jusqu’alors, les  hommes ont vécu dans un univers avec des contraintes de ressources naturelles et de temps. La société de consommation est basée quant à elle sur l’émancipation consumériste et l’individualisme, alors que les sociétés traditionnelles étaient basées sur le Sacré et le lien social. Pour les économistes classiques, nous vivons une phase intermédiaire, l’économie capitaliste a été créée pour gérer cette phase de transition afin d’arriver à une autre société. Pour Adam Smith, l’économie c’était d’organiser l’abondance pour aller vers une « république philosophique ». Karl Marx, dans une autre approche, voit également l’économie comme un temps pour sortir de la rareté et entrer dans une société de la liberté. L’un et l’autre n’avaient pas imaginé que cette liberté proviendrait d’une révolution technologique et non d’une libéralisation des marchés pour le premier et d’une émancipation des Hommes pour le second. Jamais un système économique n’a eu autant d’importance dans l’organisation d’une société. Dans le système capitaliste tel qu’il a été imaginé, la finalité de l’économie était donc de procurer l’abondance et non pas de gérer la pénurie en organisant la rareté. Or, le mécanisme de la valeur fait que plus une valeur est rare plus elle est synonyme de richesse. En définitive, l’économie capitaliste n’aime pas l’abondance car elle entraîne un déséquilibre entre l’offre et la demande qui empêche de fixer un prix et elle crée donc l’instabilité. C’est cette notion de prix qui justifie les pénuries et le rationnement. En ne tenant pas compte de « la grande économie générale », comme l’a dit Georges Bataille, mais plutôt de « la petite économie régionale » nous organisons plus ou moins bien la pénurie, et par conséquent la rareté et la concurrence au profit des capitalistes (tous les acteurs de la transaction) contre le bien-être des consommateurs-citoyens.
La théorie capitaliste nous promet une certaine abondance et nous fait vivre dans une certaine rareté. Nous avons succombé à notre besoin d’avoir toujours davantage sur notre désir d’être bien avec nous-même. La société de consommation qui découle de cette théorie nous incite à une accumulation sans fin, organise la rareté et la nécessité de faire partie de ceux qui possèdent pour donner le sentiment d’exister. Il existe un paradoxe entre le capitalisme théorique et la réalité économique imposée par ceux qui sont chargés de protéger les profits de la minorité. Et, pourtant Jeremy Rifkin dans son dernier ouvrage nous explique que cette réalité économique va être rattrapée par la théorie grâce à la performance technologique de l’économie : « Un système économique organisé autour de la pénurie et du profit peut-il conduire à une économie de biens et de services quasi gratuits et d’abondance ? L’idée est si paradoxale, avouons-le, qu’elle est difficile à admettre. Mais c’est exactement ce qui se passe. » (« La nouvelle société du coût marginal zéro » p.457)
En attendant nous sommes dans une guerre économique sans cause économique mais avec une folle dérivation des richesses. Le dernier livre de Thomas Piketty (« Le capitalisme au XXème siècle ») apporte des éléments statistiques incontournables sur l’enrichissement d’une minorité qui pèse sur cette incapacité à réformer. Trop d’intérêts financiers sont en jeu. Des études ont démontré que les crises économiques ont toujours eu lieu au moment où les revenus des plus riches ont explosé. Le XXème siècle avait permis de réduire les écarts, le XXIème est en train de revenir à une situation identique à celle de la Belle Epoque de la fin du XIXème.
On apprend à l’Homme à être économe pour jouir de la vie et transmettre. Il vit sans temps mort dans cette société néo-capitaliste : travailler, consommer, jouer, chater, tout est désormais possible à n’importe quel moment de la journée comme de la nuit. Le silence, l’ennui ne font plus partie de son environnement quotidien. Sans compter que chaque relation sociale est monétisée, tout a une valeur convertissable. Il a revu son mode vie pour « bénéficier » au mieux de tout ce qui lui est vendu. Et maintenant que va t-il se passer ? L’Homme a été obsédé par la rareté pendant des siècles, la technologie va le libérer de cette angoisse carcérale pour l’entraîner vers la nouvelle obsession de l’abondance. Avec la disparition progressive de la pénurie, et l’affirmation de l’abondance durable, sans que le capitalisme et ses dirigeants l’aient souhaité, sous quelle forme sociétale allons-nous pouvoir gérer cette nouvelle réalité ?
C’est donc vers un changement de monde et par conséquent d’organisation économique et sociale que nous devons aller : plus de plein emploi comme objectif collectif, fin du salariat en tant que statut dominant et intégrateur, épanouissement individuel en dehors de l’emploi et du revenu primaire, une nature de nouveau respectée. Le nouveau monde va devoir vivre sans croissance et faire exister l’individu dans et hors de l’emploi salarié. Une ambition politique ? Non, une nécessité de survie pour l’espèce humaine.

 

« - Bon appétit, messieurs !
Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après ! »
Victor Hugo (« Ruy Blas »)

mercredi 28 janvier 2015

Chapitre 1 suite : La mondialisation heureuse , réalité ou utopie


Pour les défenseurs du capitalisme, nous assistons à une économie mondiale dite « heureuse » qui se spécialise à l’échelle des continents, se veut ouverte à tous ceux qui avaient été délaissés jusque là et supprime progressivement les protections sociales durement gagnées au cours des ans par les salariés. Sans oublier que ce soit disant gagnant-gagnant s'est arrêté le jour où les règles imposées par les puissants n’ont plus été respectées par les soi-disant plus faibles. La concurrence est généralisée et notre modèle social se retrouve de nouveau en grand danger. Les défenseurs du libre-échange acceptent le principe que cette posture fasse de nombreuses victimes, parce que pour eux, il n’y en a pas d’autre. L’évolution du monde est paraît-il ainsi faite de gagnants et de perdants, et dans l’ensemble la très grande majorité des acteurs s’y retrouve. Ces théoriciens libéraux pourraient avouer que c’est avant tout une très petite minorité qui prospère et que la mondialisation libérale est une dérèglementation et privatisation des biens et services publics. Ce n’est pourtant pas cette mondialisation qui avait été imaginée à la fin des années soixante par une jeunesse qui rejetait l’ordre établi.
Pendant trop d’années nos pays occidentaux ont vécu grâce à un endettement public et privé consumériste, financé en partie (surtout aux Etats-Unis) par ceux que nous faisions travailler (la Chine en priorité). L’intensification de ces échanges commerciaux n’est pas obligatoirement un signe de bonne santé économique et morale. 2008 a été la première alerte d’un système « effet papillon » que plus personne ne maîtrisait. Lorsque la confiance disparaît, c’est tout l’édifice qui est fragilisé, et les financiers voltigeurs redeviennent des barbares sans foi ni loi. Ce cycle « croissance – prospérité – crise – chômage » est logique et courant dans le système capitaliste, depuis ses origines. Malheureusement il apparaît de plus en plus destructeur en raison de sa dimension mondiale et de la disparition des frontières.
Dans une économie fermée, on baisse les impôts et on libère les marchés pour créer de la croissance, et lorsqu’il y a surchauffe économique et inégalités flagrantes, on taxe et on contrôle. Cette suite de cycles avait donné les résultats connus : la suprématie du capitalisme, l’extraordinaire avancée technologique, la société de consommation mais aussi le pillage des richesses naturelles, la domination du monde occidental et l’enrichissement sans commune mesure de quelques princes du pétrole ou de l’industrie. Toutefois ce succès ne satisfaisait plus les prédateurs de la finance internationale. Il fallait aller plus vite et plus loin et les outils informatiques le permettaient ; C’était oublier un peu vite le fait que les règles du jeu allaient être dorénavant nécessairement différentes en raison des situations économiques, sociales et fiscales très différentes des acteurs de ce Monopoly géant. Les responsables des principaux Etats concernés étaient favorables à une mondialisation des marchés mais rien de plus. Il n’était pas, pour eux, question de perdre l’ensemble de leurs privilèges. Ils acceptaient simplement de tordre le cou à l’inflation pour favoriser l’épargnant investisseur et rendre indépendantes les autorités bancaires. Or, nous avons assisté à un partage des responsabilités : les financiers se répartissent les richesses et les politiques gèrent les citoyens, chômeurs en puissance. Un partage peu reluisant mais bien réel. En 2008, il ne fallait pas sauver les peuples de l’austérité, mais rester en capacité de rembourser la dette, ce que firent merveilleusement bien nos dirigeants politiques. Ils avaient sauvé l’économie mondiale et Régis Debray pouvait écrire dans « Eloge des frontières » : « L’économie se globalise, la politique se provincialise. »
Et si 2008 n’était pas la première dépression, elle ne sera certainement pas la dernière si nous laissons les marchés financiers jouer à leur guise. Sans l’intervention des Etats, où en serions-nous aujourd’hui ? Certains politiques se félicitent d’ailleurs d’avoir été ces pompiers qui ont éteint le feu, mais ils oublient avoir soufflé sur les braises pendant des années. Le système social français et la zone euro ont été des amortisseurs, mais le seront-ils encore la prochaine fois et à quel prix ? Les pays du sud de l’Europe ne sont pas sortis indemnes de cette déflagration financière. La mondialisation s’est faite à crédit et seules les élites en ont profité. Les inégalités salariales sont en forte progression entre ceux qui sont dans l’« Earth Inc. » et les autres.
Il est un fait que la mondialisation heureuse est loin d’être une réalité. Alors faut-il se recroqueviller sur soi comme le proposent les nationalistes, les identitaires et à leur tête Marine Le Pen ? Cette tentation totalitaire                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       est tout autant destructrice, il est essentiel d’échanger avec les autres, de s’ouvrir sur le monde village dans lequel nous vivons. Communiquer est une exigence pour les peuples mais produire et consommer sans frontière est une négation de nos différences patrimoniales et culturelles. Pourquoi vouloir uniformiser ce qui fait la richesse humaine ? Nos besoins et nos envies peuvent ne pas être les mêmes à Paris et à Pékin. Les responsables politiques qui nous gouvernent ont abandonné à des instances supranationales et aux marchés leur pouvoir d’agir et d’édifier le monde de demain. Ils sont devenus les rois fainéants du XXIème siècle, incapables de guider leur peuple vers un avenir radieux. L’argent a pris le dessus sur toutes les valeurs sociales et culturelles, il faut maintenant que nous obligions l’économie à reprendre sa juste place en tant qu’outil, et qu’elle laisse la société civile reconstruire une finalité, une volonté de fédérer les Hommes autour de valeurs communes, ce que certains pourraient appeler le Sacré. L’Europe était un beau projet au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, nous l’avons transformée en un marché vampirisant. Les frontières ne sont pas définitives, elles ne sont pas un mur interdisant à l’autre de nous rejoindre. Elles sont au contraire un filtre qui permet de réunir ceux qui le souhaitent pour construire un avenir commun entre des Hommes qui partagent un même projet, une même ambition. Il faut laisser les peuples librement choisir leur chemin, processus extrêmement compliqué en raison de notre état addictif à la surconsommation. En définitive, il existe plus  de chance que la libération à cette société de consommation provienne d’un monde capitaliste qui a épuisé ses atouts pour provoquer un chaos économique et social, que d’une prise de conscience collective et démocratique. La mondialisation aura été alors l’ultime étape avant la fin de l’impérialisme du tout argent.

lundi 26 janvier 2015

Chapitre 1 suite : Ce n'est plus notre Europe



Si l’austérité et la déflation gagnent toute la zone euro, l’Europe ne les doit qu’à elle-même. Ce sont les choix des Etats, et de l’Allemagne en particulier, de la Commission Européenne et des technocrates bruxellois qui ont aggravé la situation économique. Le diktat allemand de réduction des dettes publiques risque d’entraîner notre continent dans une crise sociale qui pourrait rappeler de très mauvais souvenirs. La situation de l’Allemagne est plus mauvaise que ce l’on veut bien nous dire, et ce malgré un taux de chômage inférieur à celui de la France et un zéro déficit du budget public. Ce tableau idyllique est contrasté par d’autres éléments bien moins flatteurs. Des inégalités sociales et une pauvreté qui s’accroissent fortement (22,2% des Allemands ont un salaire horaire inférieur à 2/3 du salaire horaire médian contre 6,1% en France – Le Monde Supplément des 17-18/02/2015, le taux de pauvreté est passé de 12,2% en 2005 à 16,1% en 2013 – Source Eurostat), une démographie vieillissante, un développement du temps partiel soutenu (21,7% en Allemagne contre 13,6% en France – OCDE), une durée du travail plus faible qu’en France (1397 heures annuelles contre 1479), un taux de femmes actives inférieur (45,3% des Allemandes travaillent à temps partiel contre 29,8% des Françaises), sans oublier un délabrement général des infrastructures publiques dû à des investissements publics en chute libre (22,3% du PIB en 2000 et 17% en 2013). Par ces chiffres éloquents, nous pouvons constater que le miracle allemand n’est pas destiné à durer et que sa politique d’austérité partagée n’a pour but que d’empêcher ses partenaires à montrer qu’il existe d’autres voies.
Dégageons-nous de la logique des normes budgétaires et monétaires européennes. L’austérité, c’est l’enrichissement des plus riches et la précarisation du plus grand nombre, il suffit de voir les résultats en Grèce et en Espagne. La concurrence à l’intérieur de l’Europe, c’est la prédominance assurée des logiques économiques américaines et asiatiques. François Hollande avait fait d’une réorientation européenne un des piliers de sa campagne présidentielle de 2012. Il avait la volonté de faire bouger les lignes en dénonçant le caractère néfaste des politiques d’austérité. Entre 2008 et 2012, celles-ci avaient malgré tout creusé les déficits de 62 à 85 % du PIB de la France. Les responsables de l’Union européenne estiment que cette crise est due à un manque de compétitivité de nos entreprises, elle-même engendrée par un coût du travail exorbitant. Ils se trompent. Des centaines de millions ont été distribués… pour quel résultat ? L’Europe est en grande difficulté et si la création d’une monnaie unique aurait dû être un élément de développement, elle n’est en réalité qu’un poids supplémentaire parce que nous avons renoncé à notre souveraineté monétaire en omettant de créer une union économique et fiscale. L’existence d’une multitude d’impôts sur les sociétés ne permet pas un accroissement des recettes, au contraire, elle incite à l’optimisation fiscale et renforce la concurrence entre les pays européens.
La réforme des institutions est incontournable si nous souhaitons retrouver des marges de manœuvre et recréer des liens entre l’institution et les Européens. L’Europe souffre avant tout d’un déficit démocratique et d’une domination économique et politique de l’Allemagne. François Hollande a échoué dans sa volonté de revisiter les traités de 2012.
Nous devons faire passer l’Europe d’une logique de concurrence à une logique de coopération. Cette priorité nous permettrait de réaliser que nous Européens sommes la première puissance mondiale (l’Europe a un excédent commercial de 320 milliards de dollars, contre 200 pour la Chine et 120 pour l’Arabie Saoudite). Nous devons à tout prix éviter une Europe qui s’entretue non par les armes, mais par les marchés.
La décision en ce début d’année 2015 de Mario Draghi, le Président de la Banque Centrale Européenne, de racheter 1140 milliards d’euros de dettes d’ici septembre 2016, peut-elle inverser la tendance et relancer l’économie européenne ? Elle rompt de toute évidence la logique monétaire d’austérité prônée par Angela Merkel. Cette création monétaire devrait éviter la déflation et redonner confiance aux marchés financiers, mais sans une union politique et budgétaire de la zone euro, il est à craindre que la relance soit bien modeste. On ne peut pas tout demander à une banque centrale. La mutualisation de la dette ne se fera qu’à hauteur de 20%, et non de 60% comme il avait été proposé, le reste devra être assuré par les banques centrales nationales. On est encore loin de l’union bancaire, mais nous sommes obligés de nous réjouir de cette avancée. Il ne faudrait surtout pas s’arrêter à ce seul assouplissement monétaire car d’autres instruments financiers doivent être activés comme la politique budgétaire et fiscale : une monnaie unique avec dix-huit dettes publiques et des taux d’intérêt différents est une source d’instabilité. L’afflux de monnaie décidé par Mario Draghi ne doit pas alimenter des bulles spéculatives mais relancer l’économie réelle. Avec cet argent peu cher, il devrait y avoir une envie de prêter aux entreprises et aux consommateurs (à la condition que ceux-ci recherchent des financements). En définitive, la réussite de cette décision de la BCE dépend d’une politique d’investissement vertueuse, c’est-à-dire vers les marchés d’avenir comme la transition énergétique. Verra t-elle le jour ?
La victoire électorale, en Grèce, de Syriza est une chance pour l’Europe du sud. Reconnaissons que le traité budgétaire de 2012 était une erreur et trouvons rapidement d’autres perspectives politiques ! François Hollande a raté son entrée européenne juste après son élection, la Grèce lui donne la possibilité de relancer une refondation démocratique de la zone euro sans laquelle nous risquons de réelles déconvenues électorales. En maintenant ces politiques d’austérité, les majorités démocratiques au pouvoir vont être toutes balayées les unes après les autres par des mouvements populistes ou par des rassemblements citoyens du type Podemos.