Conseil de lexture


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vendredi 27 mars 2015

Chapitre 5 UN MONDE SANS EMPLOI - La fin du salariat


5.

Une société sans emploi

 

La fin du salariat / Le temps de travail / Les intermittents du spectacle, une avant-garde combative / L’artisanat numérique / Le revenu de base  

La fin du salariat
Il est urgent de rompre avec le discours ambiant qui veut que la mondialisation soit la cause du chômage. 10 à 15% des destructions d’emplois industriels sont liés à celle-ci et 85 à 90% aux gains de productivité dus à la modernisation de l’outil de production. Les créations d’emplois ne peuvent intervenir que si la croissance est supérieure aux gains de productivité, or cette tendance s’éloigne à grand pas. L’entreprise n’est plus à terme le lieu principal de création d’emplois, à l’exception de quelques secteurs d’activité, comme l’énergie et l’habitat, pour assurer la mutation de la société. A partir de cette phase ultime que peut-il se passer ? L’employé va devenir un statut social rare et fait dire à certains prospectivistes que nous nous dirigeons vers la fin du salariat. Combien de personnes en âge de travailler ne rejoindront jamais le marché de l’emploi ? Il est difficile de donner des chiffres précis mais nous nous trouvons dans une tendance haussière. En Scandinavie, 30% des actifs sont utilisés en télétravail. De nombreuses formes d’activité (CDD, intérim, temps partiel, travail indépendant, auto-entrepreneurs, « intermittent », sous-traitant,…) vont remplacer ce qui était devenu la règle avec les deux précédentes révolutions industrielles. Selon la célèbre université américaine MIT, 47% des emplois aux Etats-Unis et 54 % en Europe vont disparaître ou seront largement transformés d’ici 2030. Au-delà de cette mutation sociale qui peut être positive en terme d’intérêt et d’épanouissement dans le travail, ce sont toutes nos garanties collectives qui seront remises en cause. Alors allons-nous vers un déclassement ou une revalorisation du travail ? La réponse est complexe, mais elle sera dans un premier temps perçue comme un déclassement par tous ceux qui passeront par la case chômage. François Hollande ne peut inverser durablement la courbe du chômage des employés, à l’exception d’expédients qui ne dureront pas et d’un plan d’investissement européen dans les infrastructures énergétiques et l’habitat. La question de l’excédent de travail humain sera au centre de toutes les grandes décisions politiques, et plus on attendra plus il sera difficile d’assurer la transition.  Nous devons toutes et tous travailler moins, pour toutes et tous pouvoir travailler.
Le chômage mine la jeunesse et déprime les actifs les plus âgés, il détruit le sens de l’effort. Les êtres humains sont conçus pour travailler, pas au sens étymologique « tripaliare » c’est-à dire torturer, mais pour exécuter une œuvre, la façonner. Trop longtemps, ils se sont laissés faire, abandonnant le combat devant le mur de l’argent. En devenant chômeurs, ils perdent le peu d’amour propre qu’ils pouvaient avoir, tout leur monde se détruit. Il est alors très facile de parler de ces millions de fainéants qui n’attendent que la fin du mois pour toucher leur RSA. Félix Leclerc chantait « l’infaillible façon de tuer un homme, c’est de le payer pour être chômeur, et puis c'est gai dans une ville ça fait des morts qui marchent. ». La vision du monde va changer, et ce malgré la minorité d’actifs qui vont avoir toujours plus d’employabilité et donc vont se battre pour valoriser leur contribution.
Notre modèle économique et social est malade, il ne peut plus se maintenir sans de profonds changements or son apport matériel est majeur auprès de nos concitoyens consuméristes et ceux-ci ne sont pas disposés à le voir disparaître. D’où les nombreux blocages auxquels on assiste à chaque fois qu’il y a une tentative de réforme sans projet de société à l’appui. Je suis persuadé qu’il n’existe que deux hypothèses. Une néolibérale qui démantèlerait notre système de protection pour plus de performance économique, plus de flexibilité et moins de règlementations pour un marché toujours plus libre, et le gouvernement de Manuel Valls s'en rapproche dangereusement. Une humaniste et solidaire qui privilégierait l’altruisme et la collaboration, la mutualisation et le bien être, le parti politique Nouvelle Donne veut en faire partie. La révolution technologique à laquelle nous assistons m’inciterait à penser que la seconde hypothèse est dorénavant possible, elle l’était difficilement quelques années en arrière. Nous sommes en capacité de fournir une alternative au néolibéralisme.
L’emploi salarié va devenir assez rapidement minoritaire. Nous pouvons aller vers un modèle économique basé sur la contribution volontaire et la co-création. Nos politiques raisonnent encore avec un logiciel des années soixante. Dans le rapport Gallois sur la compétitivité française, il n’y a pas un mot sur l’impact du numérique. Il ne faut surtout pas céder à la panique devant la fin du travail salarié dans les grandes entreprises de production de masse. La IIIème Révolution Industrielle ne nécessite plus dans tous les secteurs d’activité une approche productiviste concentrée mais une organisation latérale et décentralisée. Dans son dernier livre Jeremy Rifkin affirme : « Je pense qu’au milieu du siècle, peut-être même bien plus tôt, la majorité de la population active dans le monde sera employée dans le secteur non lucratif sur les communaux collaboratifs : elle oeuvrera à faire progresser l’économie sociale et achètera une partie de ses biens et services sur le marché traditionnel. L’économie capitaliste sera gérée par une technologie intelligente, servie par de petits effectifs de travailleurs intellectuels et techniques très qualifiés. » (« La nouvelle société du coût marginal zéro » p.401).

lundi 23 mars 2015

Chapitre 4 suite et fin : L'Internet des Objets


Toute activité économique nécessite de l’énergie et des moyens de communication. Jeremy Rifkin nous explique que trois Internet vont se rejoindre : l’Internet des communications, l’Internet de l’énergie, et l’Internet de la  logistique. Cette association va créer un nouveau système interactif opératoire de l’Internet des Objets pour produire plus en consommant moins. Cette infrastructure intelligente ne pourra pas rester « propriétaire ».
Dans leur livre « L’Internet des Objets » Pierre-Jean Benghozi, Sylvain Bureau et Françoise Massit-Folléa donnent la définition suivante :  « Un réseau de réseaux qui permet, via des systèmes d’identification électronique normalisés et unifiés, et des dispositifs mobiles sans fil, d’identifier directement et sans ambiguïté des entités numériques et des objets physiques et ainsi de pouvoir récupérer, stocker, transférer et traiter, sans discontinuité entre les mondes physiques et virtuels, les données s’y rattachant. » Si chaque adresse web a son adresse unique (URL), demain chaque objet connecté aura une identification électronique unique. Ce web 3.0. va faire le lien entre le monde réel et le  monde virtuel. C’est un apport sans précédent pour l’industrie comme pour notre vie domestique et une opportunité de réduire l’écart entre les pays du Nord et du Sud.
L’Internet des Objets va très vite nous envahir, comme par exemple avec l’installation de capteurs intelligents sur tous les produits, les machines, les entreprises, les habitations, les véhicules et même les êtres humains. En 2007 il y avait déjà 10 millions de capteurs, en 2030 on en prévoit 100000 milliards !! Cet Internet constitue la première révolution d’infrastructure intelligente pour un monde qui va devenir totalement connecté. Nous vivons dans un monde qui évolue de façon exponentielle, il suffit de voir la capacité de stockage informatique. Dans un avenir plus ou moins proche, ce stockage se fera sur des filaments d’ADN synthétique. Toutes les données stockées actuellement sur tous les disques durs au monde pourront tenir sur une seule pièce de tissu.
L’infrastructure de l’Internet des Objets ne provient plus obligatoirement de multinationales, mais très souvent de dizaines de millions de contributeurs. Certains développent des start-up qui deviendront peut-être les futurs leaders d’un monde post-capitaliste. Plus aucune société ne peut affirmer qu’elle sera encore présente dans dix ans. Cette mutation technologique ne peut se réaliser en quelques mois, c’est un chantier d’une à deux décennies en raison tout particulièrement de l’Internet de l’énergie qui va nécessiter de très lourds investissements. Autour de l’Internet des Objets d’importants enjeux sont mis en avant comme la neutralité du réseau (position oligopolistique de quelques groupes dont le plus important Google), la protection des données personnelles et industrielles et la gouvernance d’Internet. Il est évident qu’il est impossible de laisser les acteurs économiques gérer par eux-mêmes les règles, les normes et les pratiques de ce Web 3.0.

« Là où se trouve le problème se trouve aussi le savoir pour le résoudre. »
Gandhi

jeudi 19 mars 2015

Chapitre 4 suite : Les piliers de la IIIème Révolution

Notre richesse n’est plus dans la croissance matérielle ou dans l’accumulation des biens. Nous entrons dans l’âge des incertitudes. Le monde meilleur n’est plus assuré dans le système économique actuel, un monde de compétition marchande qui engendre inégalité et insécurité. Tout est possible pour la survie de l’espèce humaine sur la Terre, pour la prédominance de la société occidentale sur les autres modèles économiques, sociaux et culturels pour le maintien de la France dans le concert international et pour chaque individu dans son épanouissement personnel. Nous ne pouvons plus être sûrs de notre soi-disant supériorité consumériste. Nous devons réapprendre la modestie et la sobriété. Il va falloir composer avec de nouvelles contraintes mais aussi de nouvelles aventures. Il est donc temps d’investir dans la IIIème Révolution Industrielle. Jeremy Rifkin a, depuis de nombreuses années, réfléchi à celle-ci et propose aujourd’hui une formalisation autour de cinq piliers.
Sa théorie est basée sur l’association entre l’énergie et la communication. Le premier pilier est le développement accéléré des énergies renouvelables. Le deuxième est la construction de bâtiments producteurs d’énergie. Le troisième est le stockage de l’énergie et de l’hydrogène. Le quatrième est de déploiement des réseaux intelligents basés sur des compteurs connectés à Internet. Enfin, le cinquième pilier est la généralisation des transports non polluants. Il est urgent de dépasser les directives européennes et les normes du Grenelle de l’environnement. La mise en place de ces 5 piliers est associée à l’application de l’économie de la fonctionnalité en remplaçant la vente d’un bien ou d’un service par une solution intégrée, éventuellement partagée, focalisée sur la valeur d’usage et la satisfaction d’un besoin fonctionnel, plutôt que sur la production matérielle.
Dans le cadre de cette IIIème Révolution Industrielle, chaque territoire, chaque collectivité, chaque acteur économique doit s’organiser sous la forme d’un pouvoir décentralisé et latéral et non plus centralisé et vertical. Il faut appeler au plus vite à une nouvelle gouvernance par l’intelligence, la créativité et la responsabilité des citoyens.

lundi 16 mars 2015

Chapitre 4 suite : Le coût marginal zéro et les investissements


Le capitalisme a déjà connu de nombreuses crises mais il s’est à chaque fois relevé. Et, sans prédire sa disparition prochaine Jeremy Rifkin nous annonce qu’il va devoir se spécialiser en partageant le gâteau avec une autre économie, l’économie collaborative ou les « communaux collaboratifs (en anglais « collaborative commons »). Nous reviendrons sur ce nouveau type d’organisation économique dans un prochain chapitre.
La logique capitalistique est d’améliorer la productivité afin de réduire les coûts de production et ainsi d’engendrer toujours plus de profits. La réussite est totale, la domination des marchés est incontestée, la fin de la pénurie est inéluctable et la mutation technologique tend vers un coût marginal zéro. Celui-ci est le coût de production d’un objet ou d’un service additionnel une fois les coûts fixes absorbés. Les capitalistes ne vont plus pouvoir, comme ils l’ont si bien fait pendant deux siècles, paralyser le progrès technique afin de reconstituer leurs marges et maintenir un chômage salutaire. Si le coût marginal est proche de zéro, les entreprises qui se rémunèrent essentiellement sur celui-ci voient leurs profits disparaître, interdisant alors toute rémunération des actionnaires et tout investissement. Les plus grands théoriciens économistes avaient prévu cette fin en raison de ses contradictions originelles. Toutefois, grâce à sa concentration, le capitalisme va résister pour sa survie en devenant un capitalisme de niche. Nous allons traverser des zones de turbulence, surtout qu’il va nous falloir trouver des moyens compensateurs pour investir, condition indispensable pour innover. Il est évident que cet argument va être utilisé pour faire admettre aux citoyens l’impérieuse nécessité de maintenir une économie capitaliste.
Quelque soit la société que nous allons nous donner, les investissements qu’ils soient immatériels (formation, recherche, éducation, accompagnement au changement) ou matériels (énergies renouvelables, rénovation thermique, mobilité bas carbone, urbanisme restructuré, agriculture durable) sont essentiels pour préparer l’avenir et la IIIème Révolution Industrielle. Que faire avec une économie capitaliste qui préfère les marchés financiers pour compenser son manque de profitabilité et une économie collaborative sans moyen financier ? La puissance publique ne peut se désintéresser de cette priorité, elle doit donner confiance aux citoyens-entrepreneurs et insuffler une ambition collective en matière d’éducation et de filières industrielles nécessaires aux transitions énergétique et numérique. Elle doit retrouver des marges de manœuvre financières qu’elle n’a plus (endettement public, blocage européen), quitte à laisser filer le déficit s’il est réellement orienté vers l’investissement. Nouvelle Donne a par exemple proposé que la dette ancienne soit remboursée par l’intervention de la Banque Centrale Européenne qui prêterait aux Etats à taux 0.
Evitons un rapport de force entre un système capitaliste dominateur mais sans perspective d’avenir et des citoyens prolétarisés mais libérés de « l’AVOIR » à travers lequel bien des tourments jailliraient. Espérons que ces forces aux intérêts divergents agiront avec un comportement win-win. C’est la condition pour éviter un chaos comme on n’en a jamais vu. Nous devons modifier nos comportements agressifs et prédateurs sans quoi nous courrons à notre perte. Confiant en notre capacité à dominer nos démons destructeurs, Jeremy Rifkin nous rappelle que « nous entrons dans un monde partiellement au-delà des marchés, où nous apprenons à vivre ensemble, toujours plus interdépendants, sur un communal collaboratif mondial. » (« La nouvelle société du coût marginal zéro » p.10)

mardi 10 mars 2015

Chapitre 4 suite : Jeremy Rifkin en digne successeur


Il faut espérer que Jeremy Rifkin sera beaucoup plus écouté que JJSS. Cet essayiste américain est un spécialiste de la prospective depuis presque quarante ans. En 1977, il crée avec Tod Howard la « Foundation on Economics Trends » (FOET) qui étudie les phénomènes émergents en matière d’environnement, d’économie, de culture et de social. Il intervient auprès de nombreux Chefs d’Etat pour les sensibiliser aux mutations que notre société est en train de connaître. Son premier grand succès en librairie remonte à 1995, avec « La Fin du travail ». Il défend l’idée que l’Europe est la mieux placée pour répondre aux enjeux du XXIème siècle. Ses idées bousculent l’ordre établi, comme la remise en cause de la croissance en tant qu’étalon de toute politique économique. Le progrès technique et la mondialisation ne permettront plus d’assurer le plein emploi. Dans son dernier livre « La nouvelle société du coût marginal zéro », il annonce l’éclipse du capitalisme en raison de son succès !!! « Nous vivons manifestement les premières phases d’un changement des règles du jeu. Au crépuscule de l’ère capitaliste, un nouveau modèle économique émerge, mieux fait pour organiser une société où toujours plus de biens et de services sont presque gratuits».(p.21) Enfin pour rétablir un équilibre durable avec la biosphère, il défend l’idée de s’éloigner d’un matérialisme dévastateur et de retrouver un des fondements du lien social qu’est l’empathie, « aptitude à éprouver comme sienne la difficile situation d’un autre».
Jeremy Rifkin fait le pari de l’innovation. Depuis la 1ère Révolution Industrielle, l’innovation a toujours été au cœur de l’évolution du pouvoir d’achat et de la qualité de vie. Elle sera d’autant plus importante dans les années à venir que nous vivrons dans une société du savoir et de l’intelligence. Il n’y a pas d’avenir sans innovation, et pourtant celle-ci ne garantit plus un avenir radieux. Il est indispensable de revoir le « logiciel » économique et social qui nous gouverne.
Pour Rifkin, l’Internet des objets, les énergies renouvelables, les logiciels libres, l’économie solidaire et sociale, l’intelligence artificielle et les imprimantes 3D sont des éléments qui vont profondément bouleverser la société dans laquelle nous vivons et mettre fin au capitalisme grâce à la révolution collaborative. Cette 3ème Révolution sera collaborative ou ne sera pas. Jusqu’à présent la société était construite autour de la matière, de l’énergie, du travail et de la possession, demain elle le sera autour de l’information et du partage.

vendredi 27 février 2015

Chapitre 4 LA TROISIÈME RÉVOLUTION INDUSTRIELLE EST EN MARCHE - JJSS et ses prophéties


 4.

La Troisième Révolution Industrielle est en marche

 

JJSS et ses prophéties / Jeremy Rifkin en digne successeur / Le coût marginal zéro et les investissements / Les piliers de la IIIème Révolution / L’Internet des objets

JJSS et ses prophéties
« Si, dans un monde en crise, notamment en crise énergétique, l’industrie automobile est l’une de celles qui partout souffre le plus, elle est au Japon en plein essor – grâce aux robots. Autrement dit grâce à l’utilisation totale de l’électronique miniaturisée. » Dès 1980 dans son livre « Le défi mondial », Jean-Jacques Servan-Schreiber (JJSS) annonçait une prochaine révolution industrielle. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour cet homme brillant qui était plus un visionnaire qu’un politique. D’ailleurs est-il possible d’être l’un et l’autre en même temps ? Cela semble difficile, tant la réalité du microcosme politique nous démontre son incapacité à imaginer l’avenir ou tout au moins à le préparer. JJSS, un diminutif très pratique lorsque l’on a un patronyme composé, prévoyait une révolution de l’intelligence dans un cadre mondialisé. Il la comparaissait à ce qui s’était passé au moment de la Renaissance.
« L’incompréhensible, c’est le refus d’éclairer ces vérités neuves qui montrent les clés de notre avenir. » (Le Défi mondial p.348) Nous avons tendance à penser que nos responsables politiques et économiques sont toujours dans l’incapacité d’ouvrir les bonnes portes. JJSS s’est naturellement trompé, par exemple avec le Japon qui devait devenir un modèle pour tous les autres pays, mais il a eu le courage de chercher, de proposer et de nous faire rêver. Je recommande à tous ceux qui n’ont jamais lu « Le Défi mondial », et même à ceux qui ont eu la chance de le lire par le passé, de lire ou de relire la conclusion intitulée « Fin de la préhistoire ». Ces quelques pages sont tellement d’actualité que l’on a du mal à croire que JJSS a écrit ces pages il y a plus de trente ans. Qu’avons-nous fait pendant toutes ces années pour en être encore là ? Et, pourtant la technologie a tellement évolué depuis sans que l’on en tire les conséquences en terme d’environnement, d’organisation du travail ou de partage des fruits de la productivité. C’est une perte de temps aux dommages incalculables.
Dix ans plus tôt, à la fin de la préface de « Ciel et Terre – Manifeste Radical » JJSS et Michel Albert (ancien commissaire général au Plan) écrivaient : « Pour nous, il s’agit de comprendre que la révolution consiste à transformer, justement, les spectateurs en acteurs ; à laisser le jaillissement de la vie, plus complexe, plus fécond, plus créateur qu’aucune théorie et, si nous le voulons, qu’aucune économie, inventer enfin librement l’avenir. » Il ne faut jamais avoir raison trop tôt, aujourd’hui nous avons les outils pour exaucer leur vœu. La IIIème Révolution Industrielle est justement devant nous…

mercredi 25 février 2015

Chapitre 3 suite et fin : Quel nouveau contrat social ?


La société de consommation montre ses limites et nous entraîne vers des situations sociales difficilement gérables en raison de populations abandonnées de plus en plus nombreuses. Qu’ont-elles à perdre si elles ne peuvent bénéficier des « bienfaits » consuméristes ? En particulier les jeunes qui ne voient pas ce que l’avenir peut leur apporter en dehors du chômage ou des contrats aidés. Nous avons des pays riches avec des populations de plus en plus pauvres ce qui entraîne une crise de confiance de la part du plus grand nombre qui a le sentiment que cette richesse n’est plus pour eux ou pour leurs enfants.
Nous allons vivre dans un monde où la vie humaine n’a plus de valeur pour beaucoup de délaissés, donc un monde de plus en plus dangereux. Pas de travail, pas de pouvoir d’achat, pas de raison d’espérer dignement… la violence reste alors le seul moyen pour exister, posséder, être reconnu... Et pendant ce temps là, les classes privilégiées vont se protéger, s’enfermer dans des zones réservées. Nous pourrions voir apparaître des îlots de prospérité entourés de zones de non droit. Ce scénario là ne doit pas voir le jour.
Il est temps de proposer une vision renouvelée du pacte social et de la création de valeur. Les responsables politiques doivent repenser l’organisation de nos sociétés qui étaient jusqu’à présent organisées autour du marché et de l’Etat-Nation. Aujourd’hui et surtout demain, il va falloir associer le tiers secteur, l’économie collaborative. Ce n’est pas simplement un acteur supplémentaire qui accepterait les règles établies, mais c’est surtout mettre fin au dualisme Etat-marché. Définir une nouvelle théorie et un nouvel ordre peut nous amener à trouver un nouvel équilibre. L’Etat-Nation va perdre de son autorité, il va devoir repenser ses formes d’intervention. En ce début de XXIème siècle, ce sont encore et toujours les entreprises internationales qui font la pluie et le beau temps économique. Elles sont bien plus puissantes que beaucoup de pays. Le commerce international se moque de ces Etats ankylosés par le principe de providence. Quel contrat social ? Qu’allons-nous faire de tous ces talents sans emploi ? Le capitalisme et le socialisme sont-ils sur le point de devenir des théories du passé ?
Avant de changer le modèle économique, il faut en créer les conditions démocratiques. Le « vivre ensemble » nécessite que les responsables politiques proposent des alternatives, construisent dans la durée et rendent compte de leurs résultats. Le microcosme politique doit nous apporter la preuve de sa capacité à réformer, à rendre plus juste et à transmettre de l’espoir. La démocratie participative est le meilleur moyen de renouveler le dialogue entre les citoyens, la classe politique et les experts (syndicats, fédérations de parents d’élèves, media, universitaires…) à travers la consultation des citoyens et de leurs représentants et la planification (concept oublié qu’il faut actualiser et ré-initier au plus vite et à tous les étages d’une société réellement démocratique). Le capitalisme est incompatible avec un comportement social qui implique le partage, ou la coopération. L’économie collaborative peut rejoindre et dépasser une économie capitaliste en pleine dérive. Il représente déjà une économie parallèle d’envergure (coopératives, mutuelles, associations). Selon une étude PwC parue fin novembre 2014, le marché de l'économie du partage (la « sharing economy ») pourrait représenter 335 milliards de dollars (268,5 milliards d'euros) d'ici à 2025, contre 12 milliards d'euros en 2014. Cette alternative collaborative a été imaginée depuis longtemps. Même Alexis de Tocqueville s’y était intéressé.
Nous connaissons la fin, mais le parcours pour nous y amener est encore flou. La société va devoir revoir ses fondamentaux sur le travail, soit le temps libre sera imposé par le chômage ou le temps partiel, soit les fruits de la productivité seront équitablement partagés par la réduction continue du temps de travail et le temps libre sera alors vécu comme une conquête sociale et libératrice. D’un côté nous aurons de l’agitation sociale avec une minorité qui s’accrochera à ses privilèges jusqu’à la violence, et de l’autre une concorde fraternelle avec de nouveaux liens sociaux et une démocratie participative opérante.
Notre société capitaliste considère que la production est au centre de la fabrique du lien social, plus d’ailleurs que la question de la consommation. Or, l’objectif de la société devrait être de satisfaire les besoins humains et non pas de maximiser les productions. Associer des consommateurs soucieux de la qualité et des producteurs désireux de retrouver du sens à leur travail serait la base d’une cause commune. La classe politique se retrouve devant une double problématique. A court terme, elle doit trouver des solutions pour occuper les actifs et financer la société de la connaissance qui se met en place, et à long terme, concevoir un nouveau modèle de société où le profit ne sera plus au centre du système économique.
Les échéances sont difficiles à prévoir, mais la trajectoire vers un avenir automatisé et sans emploi pour les humains est irrévocable. Ce sont aux responsables politiques du monde de réfléchir aux différentes étapes qui soient les moins douloureuses et les plus sûres pour nous faire arriver à bon port, c’est-à-dire dans une société pacifiée, libre et joyeuse. Il faut arrêter de se renvoyer les responsabilités de la situation, nous sommes tous engagés dans une même aventure, les très riches, les classes moyennes et les plus pauvres. Peut-être qu’hier les mots Socialisme, Libéralisme, Capitalisme voulaient signifier un idéal dans un monde qui découvrait l’économie de marché. Je suis aujourd’hui persuadé qu’ils se retrouveront très vite dans les livres d’histoire lus sur des visionneuses numériques d’un monde émergent. Je ne sais pas quels seront les qualificatifs que nous utiliserons pour dessiner ce monde mais ils seront différents et seront significatifs d’un monde plus humain ou plus totalitaire, d’un monde laïque ou d'un monde dominé par le fait religieux, d’un monde égoïste ou collaboratif. Passerons-nous par le chaos ou serons-nous capables collectivement d’élaborer un nouveau contrat social ?

« Libérer l’homme de la nature sauvage a pris des millénaires ; libérer l’homme de l’économie sera la tâche d’une génération, la nôtre. »
Jean-Jacques Servan-Schreiber et Michel Albert « Ciel et Terre »