Jérémy Rifkin, spécialiste américain de
prospective économique et scientifique, nous explique à travers ses livres et
ses conférences que le monde économique, depuis les années 60, se développe
avec l’inéluctabilité de la disparition de l’emploi. Les économies occidentales
ont pu continuer à prospérer grâce à la réduction du temps de travail, à la
modernisation de leur outil de production, au commerce international et à la
non prise en compte des contraintes environnementales. Or, aujourd’hui,
cinquante ans plus tard, nous arrivons aux limites du système. On ne peut plus
réduire le temps de travail sans entraîner des dysfonctionnements majeurs dans
l’entreprise capitaliste, la robotisation et les « hight-tech »
progressent de façon exponentielle, les exportations sont de plus en plus
difficiles en raison du rééquilibrage Nord Sud, et l’environnement ne peut plus
être détruit de façon irresponsable. L’écroulement du secteur tertiaire risque
d’être beaucoup plus rapide et plus important que celui du primaire ou du
secondaire. Il nous aura donc fallu un demi siècle seulement pour entrevoir la
fin de l’emploi !
Les fondements de
l’économie capitaliste sont donc remis en cause, le cercle vertueux croissance
création d’emploi n’existe plus ; seuls demeurent les emplois
sous-qualifiés et sous rémunérés. Si les entreprises produisent davantage en
période de croissance, elles ne recrutent que rarement. En période de récession,
elles licencient et lorsque la situation économique s‘améliore elles ne font qu’utiliser
les surcapacités de production sans rien changer en matière de recrutement et
ce malgré de nouvelles marges de manœuvre financière. Sur une longue période
qui comprend croissance et récession, comme celle de 1982 à 2002, la production
américaine d’acier a progressé de 75 millions à 102 millions de tonnes, tandis
que le nombre de travailleurs de ce secteur est passé de 289 000 à 74 000.
A chaque développement
économique dans l’Histoire, les progrès ont été gigantesques et ont à chaque
fois bénéficié plus ou moins à tous. Aujourd’hui, nous n’avons plus les mêmes
certitudes. En tant que consommateur, les biens et les services sont de plus en
plus nombreux sans être automatiquement créateurs de bonheur. Et en tant que
producteur les avancées technologiques sont destructeurs d’emplois. Par
conséquent, cette distorsion ne peut se perpétuer dans le temps, soit un nouvel
équilibre apparaît - mais dans un cadre économique à imaginer - soit nous
allons vers des tensions telles qu’elles entraîneront révolutions, chaos ou
dictatures. Ce qui est certain c’est que le modèle démocratique ne peut trouver
sa place dans un tel désordre.